tome17 le nègre blanc

série: Blondin et Cirage
dessinateur / scénariste: Jijé
éditeur: Dupuis EO 1984
genre: Humour
classement: biblio217
date: 1984
format: cartonné
état: TBE
valeur: 10 €
critère: *
remarques: volume 17 de la collection "péchés de jeunesse"
récit paru dans Spirou en 1951
premier album broché, tome 6 paru en 1952
aux éditions Dupuis
petit résumé (voir plus bas) des aventures
de Blondin et Cirage par M. Archive


lors d'une partie de tennis, Cirage est enlevé
par des nègres, Blondin enquête
la baronne de la Froussadière est soupçonnée,
mais c'est une fausse piste

un peu plus tard, Blondin apprend que
plusieurs petits nègres ont aussi été
kidnappés par des nègres
Blondin se déguise alors en négrillon
pour se faire enlever et retrouve ainsi
Cirage dans une maison isolée luxueuse
>> p. 16 toi y en as rencontrer gentils
petits amis
>> p. 18 le parlophone

puis par sorcier interposé, Blondin toujours
déguisé en négrillon est choisi comme
prince héritier du royaume africain
du Bikitilili, ce sera le nègre blanc
accompagné de Cirage comme otage, Blondin
est emporté par avion vers l'Afrique,
mais arrivé à destination, on découvre que
c'est en fait Cirage qui est le prince héritier

à l'insu de Cirage, Blondin est alors condamné
aux travaux forcés il réussit à s'enfuir et se
réfugie dans la tribu des pygmés où il découvre
le vrai prince héritier Pwa-Kasé, disparu
mystérieusement à cause du sorcier Bakelit qui
voulait un prince tout dévoué à sa personne
>> p. 39 le grand okapi blanc, le dieu des nègres
>> p. 44 le gros ministre bien gras dans la marmite

finalement le vrai fils retrouvera son père,
le sorcier et le ministre seront punis
et nos deux héros retourneront en Europe
le coeur content


>>> des récits enfantins au texte naïf,
mais pas dénués de charme,
également pour le graphisme
c'est un peu une parodie de Tintin au Congo
(voir aussi l'affaire Jijé/Hergé à propos
du personnage de Jojo, voir notes plus bas)
et en ce temps là, les problèmes de racisme
dans la bande dessinée (et ailleurs d'ailleurs)
n'existaient pas encore,
les petits nègres étant encore bien tolérés
>> à voir aussi en page de garde,
les portraits caricaturés des dessinateurs/auteurs
les plus connus du Journal Spirou


Information
Joseph Gillain créa et anima Blondin et Cirage
de 1939 à 1941 pour une petite publication
confessionnelle "petits belges" où ils
vécurent trois aventures en Amérique,
contre les gangsters et jeunes ailes
on y retrouvait l'influence des premiers
Tintin en noir et blanc de Hergé
ainsi que des scènes plus jijéennes,
des décors et des cadrages
que Jijé parachèvera dans Jean Valhardi

à la libération, ces personnages passèrent
à Spirou, tout d'abord provisoirement dessinés
par Vic Hubinon en un long récit à suivre (1947-1949)
puis repris par Jijé qui leur fera vivre
cinq grandes aventures qui seront présentées
dans la collection péchés de jeunesse

l'époque était encore aux noms basés sur
les particularités physiques:
le blond Blondin et le petit noir Cirage
(on ne dit déjà plus petit nègre)
comptent parmi les premiers héros ayant
aboli la barrière traditionnelle des races

Gillain a toujours eu le coeur généreux et
ouvert à tous ses frères terriens,
les jeunes lecteurs qui ne connaissent plus
guère de Gillain que son aspect réaliste
(Jerry Spring ou Michel Tanguy) y découvriront
l'aspect le plus jovial de son caractère
un humoriste sachant créer des personnages gags
et se moquant bien gentiment d'un des animaux
les plus fabuleux du 9ème art: le marsupilami

à noter d'ailleurs que Franquin, très amusé,
réalisa personnellement ses personnages
Spirou, Fantasio, le comte de Champignac
et le vrai marsupilami au début de l'histoire
en planche 3 (cases 2 à 5) de l'album des
soucoupes volantes
un clin d'oeil amical glissé dans l'oeuvre
de son ancien maître
si le "marsupilami africanus" n'éclipsera jamais
le roi de la jungle palombienne,
son souvenir reste impérissable parmi nos
vieilles générations et l'on ne peut
que lui souhaiter de charmer de nouvelles
vagues de lecteurs


notes
l'affaire Hergé/Jijé fait référence
à une célèbre anecdote et dispute de plagiat
survenue en 1936, au tout début de
la carrière du dessinateur belge Jijé
(Joseph Gillain),
le conflit: l'accusation de plagiat
en mai 1936, le jeune Jijé, alors âgé de 22 ans,
crée son tout premier personnage de BD
nommé Jojo pour l'hebdomadaire chrétien
Le Croisé, graphiquement, ce jeune reporter
baroudeur à la ligne simple et à la petite mèche
rappelle fortement l'univers graphique
développé par Hergé,
Hergé, déjà très célèbre grâce aux aventures
de Tintin, voit d'un très mauvais œil
cette ressemblance, il envoie immédiatement
une lettre de protestation véhémente à Jijé,
l'accusant formellement d'avoir copié
son célèbre reporter
la réponse de Jijé: la leçon de dessin
loin de se laisser impressionner,
Jijé répond à l'auteur de Tintin avec
beaucoup d'ironie et de malice en lui
envoyant trois dessins successifs:
1/ un premier dessin représentant
le personnage de Bécassine
(créé par Joseph Pinchon en 1905)
2/ un deuxième dessin montrant Bécassine
sans sa coiffe
3/ un troisième dessin montrant Bécassine
sans sa coiffe, mais affublée d'une houppe,

par cette démonstration visuelle implacable,
Jijé sous-entendait subtilement que
le design de Tintin n'était lui-même
qu'une déclinaison épurée de personnages
existant bien avant lui (notamment Bécassine),
autrement dit: si Jijé copiait Hergé, alors
Hergé avait lui-même plagié Pinchon,

l'issue:
face à cette réponse pleine d'esprit et
techniquement imparable, Hergé n'insista pas
et mit définitivement fin à ses réclamations,
les deux hommes développeront par la suite
d'excellents rapports professionnels
et un profond respect mutuel, devenant
les deux piliers fondateurs majeurs
de la bande dessinée franco-belge
(Hergé pour l'École de Bruxelles et
Jijé pour l'École de Marcinelle)

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