tome 2 Tintin au Congo

série: Tintin, albums EO
dessinateur / scénariste: Hergé
éditeur: Casterman EO 1946
genre: Aventure
classement: biblio1
date: 1946
format: cartonné, au pull 2 couleurs
état: TBE+
valeur: 1000 €
critère: **
remarques: première édition couleur 1946, B1, dos jaune
1er plat titre en blanc sur fond bleu
page de titre: vignette et titre en bleu
pages de garde: bleu foncé avec figurines
4ème plat, dernier titre sceptre d'Ottokar
(Tintin au Congo figure en 8ème position)
avec pull Haddock en deux couleurs

cet album ne contient que 62 pages
au lieu des 115 pages de la
1ère édition de 1931 en N&B
(épisode paru dans le petit XXème
de juin 1930 à juin 1931),
mais les pages contiennent en moyenne
12 cases au lieu de 6 dans l'édition N&B
et la totalité des images est donc
pratiquement reprise
n.b. en outre, dans cet album comme
dans les prochains, Hergé utilise
pleinement la case "suspense"
en bas à droite (chute de la planche)
créée pour que les lecteurs achètent
le journal de la prochaine semaine
quand les BD étaient d'abord publiées
dans des hebdomadaires


la trame de l'histoire se compose à nouveau
de péripéties dans lesquelles Tintin et Milou
se tirent d'affaires, le tout dans
une atmosphère de propagande coloniale,
toutefois dans les rééditions dès 1960,
les noirs remplacent les nègres dans le texte
(>> voir aussi commentaires dans l'album
archive hergé tome 1)


>> p. 1 1ère vignette: apparition
des deux Dupont(d) ainsi que de Quick
et Flupke plutôt discrets,
on reconnait aussi Hergé, Jacobs et van Melkebeke
à noter que Tintin reçoit pour la première fois
son habillement normal soit veston, chemise avec cravatte,
ses pantalons de golf, avec de fines chevilles
et des pieds chaussés relativement de bonne grandeur
ainsi que son immuable imperméable gris

départ pour l'Afrique (le nom du paquebot
"Thysville" n'est plus mentionné)
lutte de Milou contre le perroquet,
danger de psittacose,
démêlés avec Tom, le passager clandestin
>> p. 6/7 à noter la différence de couleur
dans le maillot du matelot noir
>> p. 9 l'arrivée de Tintin et Milou
en Afrique (case mémorable)
"ti vois ce grand bateau, boule de neige,
ça y en a Tintin"
>> p. 11 les offres pour le reportage de Tintin
sont en nette augmentation depuis l'album de 1931

en route pour l'aventure avec Coco,
le petit guide noir en achetant une vieille
voiture modèle transsaharien
(en fait une Ford T) avec la plaque 1385
>> p. 13 première chasse avec le crocodile
>> p. 16 le massacre des antilopes
>> p. 17 Milou enlevé par un singe,
Tintin chasse le singe
>> p. 20 problème avec la vieille tchouk-tchouk
n.b. souvent les noirs sont caricaturés
avec habits de blancs
exemple: la femme noire à la station
de chemin de fer qui porte
une écharpe en peau de renard,
voir aussi les autres noirs habillés
en vêtements de blancs
>> p. 22/23 chasse au lion,
Tintin chef de l'armée des Babaoro'm
part en guerre contre les m'Hatouvou
dont l'armée est équipée à l'européenne
>> p. 29 le roi des m'Hatouvou ne parle pas
le petit nègre
la case mémorable avec le lion qui sera
reprise pour la publicité Perrier
>> p. 30/31 démêles avec le sorcier Muganga,
Tom le bandit et les Aniotas = hommes-léopards

>> p. 33 généralement il n'y a pas de
marées dans les fleuves, sauf dans les estuaires
>> p. 35 Tintin sauvé des crocodiles
par le missionnaire blanc et Tintin
sauve Milou du boa-avaleur
la case u-élé, u-élé, ma-li-ba, ma-ka-si
>> p. 36 la leçon sur la Belgique, la mère patrie
a été remplacée par une leçon de calcul
démêlés avec le léopard dont Mac Duff,
le dompteur est maintenant devenu un blanc
>> p. 39 chasse à l'éléphant (cases mémorables)
peu après Tintin, découvre que les attentats
sont l'oeuvre du gang Al Capone ce qui conduira
Tintin en Amérique dans le prochain album
>> à noter que la lettre de Al Capone
n'est pas complète dans la version couleur,
d'où l'abbréviation A.C. qui n'est
peut'être pas bien compris par le lecteur
n.b. Al Capone sera le seul personnage réel
mentionné dans les aventures de Tintin
(nommé Al Capone le Balafré dans la version N&B)

et pour finir il y aura encore un grand
tableau de chasse mené par Tintin:
girafes, léopard, rhinocéros (tué à la dynamite,
case qui sera modifiée pour l'édition suédoise)
et surtout les démêlés avec le buffle
>> p. 62 une belle planche finale

>> un bon graphisme avec un coloriage
bien exécuté (en partie par Jacobs),
mais le texte est encore bien naïf
avec le langage petit nègre,
toutefois on ne parle plus de nègres
dans cet album mais de noirs,
l'album sera critiqué pour son colonialisme
teinté légèrement de racisme et surtout
aussi pour les chasses sordides de Tintin

>> à noter que dans cet album, à part Milou et Coco,
Tintin vouvoie les blancs et les missionnaires
ainsi que certains nègres, mais pas tous



album en très bon état +, les plats
sont partiellement un peu frottés
mais restent très présentables avec
des coins propres et piquants,
dos et intérieur en parfait état
valeur BDM en BE = Euros 1500.-

annexes
- 1er et 4ème plat de l'album
- trois cases mémorables


Information
- depuis 1928, Hergé est rédacteur
en chef du Petit Vingtième,
le supplément jeunesse du journal
belge Le Vingtième Siècle dans lequel
il publie Tintin au pays des Soviets
et Quick et Flupke,
il connaît un grand succès, son patron et mentor,
l'abbé Norbert Wallez, lui demande alors
de dessiner une nouvelle aventure de Tintin
qui se déroulera cette fois-ci au Congo,
colonie belge depuis 1908

- l'histoire est publiée en noir et blanc,
de juin 1930 jusqu'en juin 1931,
dans les pages du Petit Vingtième,
le succès est à nouveau au rendez-vous,

en 1946, dans le cadre de la colorisation
des aventures de Tintin,
Hergé s'adjoint les services d'Edgar P. Jacobs,
et ils réécrivent ensemble l'album
dans un format plus court et en couleurs

- après la seconde guerre mondiale,
Tintin s'internationalise, mais l'auteur
reste la cible d'attaques qui l'accusent
de véhiculer des préjugés racistes,
ce qui amène les éditions Casterman
à ne pas rééditer de suite Tintin au Congo,
rendant de fait l'album introuvable
en librairie dans les années 1960,

sous la pression d'Hergé, son éditeur
réimprime finalement cette aventure
au début des années 1970, la polémique
ne refera surface qu'au début du XXIe siècle,
au moment de l'annonce de la production
d'une série de films par Steven Spielberg,
concernant l'univers de Tintin,

plusieurs librairies anglo-saxonnes déplacent
l'album dans le rayon pour adultes,
et une plainte est déposée en Belgique
pour interdire sa vente, toutefois sans résultat,
l'album n'en demeure pas moins très populaire
même au Congo

- le récit fait aujourd'hui l'objet de nombreuses
critiques par des auteurs qui déplorent
l'inconsistance du scénario, mais qui remarquent
néanmoins l'amélioration du style d'Hergé,

la version en couleurs de 1946 est également
critiquée pour son manque de réalisme,
cela n'empêche pas Tintin au Congo d'être
l'une des aventures de Tintin les plus
populaires auprès des jeunes lecteurs,
avec plus de dix millions d'exemplaires
vendus dans le monde

- la trame de l’histoire se compose de péripéties
dans lesquelles Tintin et son chien Milou
se tirent de difficultés et de dangers, le tout
dans une atmosphère de propagande coloniale

- l'arrivée de la seconde guerre mondiale
bouscule les habitudes, le Vingtième Siècle
a disparu, et le journal Le Soir
prépublie dorénavant les aventures de Tintin,
ce qui permet une plus grande médiatisation
du travail d'Hergé et donc
une augmentation des ventes,
mais l'occupation de la Belgique provoque
des pénuries de papier
qui conduisent les éditions Casterman
à vouloir réduire le nombre de pages des albums,

le magazine Bravo, qui commence à paraître en 1940
en quadrichromie et en français, connaît
beaucoup de succès et l'éditeur remarque
qu'il perd des ventes en France et en Suisse
à cause du dessin resté en noir et blanc,
pour toutes ces raisons, Louis Casterman
travaille avec Hergé à partir de mars 1941
pour qu'il colorise ses aventures
et diminue le nombre de planches,
ce qu'Hergé accepte en février 1942,
une fois ses réticences levées,

ces modifications permettent de répondre
plus favorablement aux libraires qui
réclament plus d'albums à vendre,
le succès à venir de cette décision
ne se fait pas attendre

- pour l'aider dans sa longue tâche
d'écriture des aventures de Tintin
et de réécriture des albums en noir et blanc,
Hergé s'adjoint les services d'Edgar P. Jacobs
(en particulier pour Tintin au Congo),
ensemble, ils redessinent l'aventure, la colorisent
et la réduisent de 115 planches à 62,
la quasi-totalité des images sont reprises,
les décors sont affinés et les dialogues
rendus plus vifs, bien qu'ils perdent
quelque peu en force humoristique,
l'album est finalement publié dans
sa version couleur en 1946

depuis la publication du Lotus bleu en 1934,
Hergé se documente beaucoup plus pour chacune
de ses histoires, la refonte de Tintin au Congo
n'échappe pas à la règle, il se sert de
nombreuses photos d'époque et de cartes géographiques
pour reproduire fidèlement des objets dans l'album,

afin de s'émanciper du public belge et
pour s'ouvrir à d'autres marchés,
Hergé gomme les allusions à la Belgique
et au statut colonial, le nom du navire
"Thysville" disparaît, il n'y a plus
d'escale à Boma ni d'arrivée à Matadi,
Tintin annonçant simplement
"et voilà l'Afrique",
la leçon de géographie que donnait Tintin
est remplacée par une leçon de mathématiques
plus consensuelle

ces modifications universalisent l'aventure:
Tintin est désormais plus un Européen
visitant l'Afrique qu'un citoyen belge
passant en revue sa colonie,
il transforme aussi le personnage Jimmy Mac Duff,
directeur du grand cirque américain et
propriétaire noir du léopard que Tintin
chasse de sa classe qui devient
un personnage blanc et "fournisseur
des plus grands zoos d'Europe",
enfin, Hergé s'amuse à modifier la scène de départ:
Dupond et Dupont font une brève apparition,
alors qu'ils n'apparaissent qu'à partir
des Cigares du pharaon dans les versions
en noir et blanc,
Quick et Flupke gardent leur présence discrète,
et Hergé se représente lui-même accompagné
de ses amis Edgar P. Jacobs et
Jacques Van Melkebeke

- Benoît Peeters note une amélioration
dans les dessins de Tintin au Congo
en noir et blanc par rapport à
Tintin au pays des Soviets,
mais déplore un scénario rachitique
où Tintin et Milou passent leur temps
à chasser des animaux,
un semblant d'intrigue apparaît
toutefois à la fin de l'album
quand Tintin apprend que le méchant
qu'il poursuit agit en réalité pour
le compte d'Al Capone,

quant aux dialogues, ils n'ont pas la légèreté
des albums suivants et frisent parfois
l'anthologie quand ils se perdent
en explications superflues,
en revanche, Hergé innove en utilisant
pour la première fois la méthode de
l'ellipse pour raconter l'histoire

- Michael Farr se dit également déçu
par la version de 1946 qu'il trouve fade
et détachée de la réalité, non seulement
dans les couleurs qui sont plus proches
de celles de l'Europe que de l'Afrique,
mais aussi dans le comportement de Tintin et Milou

- dans les années 1960, Tintin au Congo
connaît le même destin que
Tintin au pays des Soviets,
il est introuvable en librairie,
les stocks étant épuisés,
les éditions Casterman n'ont en effet
pas réédité l'album, car elles s'inquiètent
d'une potentielle indignation
de la part d'intellectuels occidentaux
pro-africains, d'autant plus dans le contexte
de la décolonisation de l'Afrique
et de l'indépendance du Congo,

finalement, la réaction des Africains
est moins à craindre, Tintin jouissant
d'une excellente popularité sur le continent noir,
Hergé avait accepté cette décision à contre-cœur,
d'autant plus que 800 000 exemplaires
s'étaient vendus depuis 1946,
l'embarras des éditions Casterman est tel
qu'elles retirent la vignette de l'album
de la quatrième de couverture
des Bijoux de la Castafiore, en 1963,
surpris, Hergé invite son éditeur
à corriger cette erreur et à réimprimer
sans attendre Tintin au Congo
partout dans le monde, sauf en Afrique
pour ne pas contrarier les Africains
et pourtant l'album avait déjà été réédité
par une maison d'édition rwandaise
dans une version en swahili,
distribué à 10 000 exemplaires

- la situation reste bloquée
jusqu'à la fin des années 1960,
quand Hergé somme son éditeur de republier
Tintin au Congo, d'autant plus que
les éditions Rombaldi l'ont contacté à ce sujet,
Casterman accède rapidement à sa requête
et procède à quelques corrections,
par exemple le remplacement de "nègre"
par "noir" dans les textes,
l'album est à nouveau disponible
en mai 1970 dans sa version couleur,
tandis que celle en noir et blanc est
rééditée trois ans plus tard
au sein des Archives Hergé

couvertures:
Copyright 2008 - 2026 G. Rudolf