tome13 les 7 boules de cristal

série: Tintin, albums EO
dessinateur / scénariste: Hergé
éditeur: Casterman EO 1948
genre: Aventure
classement: biblio1
date: 1948
format: cartonné
état: BE/TBE
valeur: 600 €
critère: ***
remarques: première édition couleur, B2, 1948, dos jaune
titre en bleu avec vignette inca page de titre
pages de garde bleu foncé
titre en bleu en première page
4ème plat, les 7 boules de cristal
le pullover est maintenant d'une seule couleur

prépublié dans Le Soir du 16.12.1943 au 3.9.1944
date de la libération de Bruxelles et arrêt consécutif
de la parution du Soir;
après une interruption de deux ans, la seconde partie
paraît en couleurs dans les pages du journal Tintin
à partir du 26 septembre 1946, fusionnée avec
l'histoire suivante sous le titre le temple du soleil


résumé
Tintin arrive à la gare de Moulinsart après avoir entendu des
nouvelles sur le retour de l'expédition Sanders-Hardmuth du Pérou
(découverte de la momie de l'inca Rascar Capac)
petite critique sur les expéditions archéologiques ?

visite de Tintin au château de Moulinsart
où Haddock se livre aux joies de l'équitation
>> p. 2 le châtelain Haddock avec un monocle
>> p.4 première apparition du chat siamois de Moulinsart
avec qui Milou ne s'entend guère, les pirouettes de Nestor,
la leçon de prestidigitation par Haddock
visite au Music Hall Palace, Bruno le roi des illusionnistes,
Ragdalam le fakir et Yamilah, la voyante
Ramon Zarate (alias Alcazar) comme lanceur de poignards
et Chiquito son assistant, un inca de pure souche
et bien sûr la cantatrice Bianca Castafiore

la malédiction du dieu soleil pour le mari de madame Clairmont
>> p. 14/15 perdus dans les coulisses du Music Hall
>> p. 16 Haddock sur scène affublé d'une tête de vache (jolie vignette)
n.b. on distingue aussi sur le balcon du milieu E.P. Jacobs
les Dupond(t) enquêtent sur les maladies mystérieuses
(un genre de sommeil léthargique)
qui frappent les membres de l'expédition Sanders-Hardmuth
les boules de cristal qui dégagent un gaz maléfique en se brisant
les 7 membres de l'expédition:
- Sanders-Hardmuth, l'archéologue
- Marc Chalet, l'explorateur
- Clairmont, cinéaste
- Hornet, conservateur de musée
- Laubépin, professeur scientifique
- Paul Cantonneau, savant suisse (voir >> l'étoile mystérieuse)
- Hippolyte Bergamotte, l'américaniste,
n.b. américaniste = spécialiste des civilisations
et des langues du continent américain
>> p. 26 visite chez le prof. Bergamotteau, ami de Tournesol
avec la fameuse cabriolet décapotable Lincoln Zephyr 1939
>> p. 28 la momie de Rascar Capac, celui qui déchaîne le feu du ciel
>> p. 29 les pneus qui éclatent au soleil
(technique peu avancée en 1943?)
>> p. 29-31 l'orage éclate et déclanche le feu du ciel = la foudre
(référence aux sciences occultes), jolie vignette
la foudre libère la momie de Rascar Capac
la prophétie et la vengeance du dieu purificateur se réalisent
le rêve prémonitoire de Tintin et le prof. Bergamotte est frappé
à son tour le dernier par une boule de cristal
>> p. 37 à la poursuite de l'auteur des boules,
celui-ci est blessé et se cache dans un arbre
la crise de Bergamotte, le bracelet de Rascar Capac
est découvert par Tournesol qui se fait enlever
>> p. 41 une main sanglante (ou ensanglantée)
n.b. une main sanglante, une marque ensanglantée
>> p. 42 battu et débattu
>> p. 43 l'os dont Milou ne peut pas profiter
à la poursuite des ravisseurs de Tournesol,
l'inspecteur Chaubet est sur l'affaire

barrage de police pour arrêter l'Opel Olympia
qui réussit à échapper aux policiers
>> p. 45 la gendarmerie en vélo et les barrages
ne sont guère efficaces
>> p. 47 le changement de voitures par les ravisseurs
Tintin devient détective et découvre la couleur beige
de la nouvelle voiture
>> p. 49 les crises des explorateurs hospitalisés (jolie vignette)
>> p. 53 Milou s'enivre à nouveau
(cette fois avec le whisky du capitaine)
>> p. 54 en route pour St-Nazaire,
les malheurs d'Haddock avec sa voiture décapotable
l'auto beige est retrouvée dans l'eau du port
>> p. 57 l'embarquement du général Alcazar sans son assistant
qui n'est autre que Rupac Inca Huaco, descendant inca,
qui est venu rechercher la momie et les bijoux de Rascar Capac
et par la même occasion a enlevé Tournesol qui avait enfilé
le bracelet de la momie sans se douter que son geste était un sacrilège
n.b. lors de l'entretien avec Alcazar, on distingue
en arrière-plan la silhouette de J. Melkebeke, ami d'Hergé
visite à La Rochelle chez le capitaine Chester
qui est toutefois absent, mais découverte du chapeau
de Tournesol qui a été embarqué sur le cargo "Pachacamac"
naviguant vers Callao au Pérou
Tintin et Haddock décident de se rendre au Pérou
par avion pour devancer le Pachacamac

>> une aventure particulière de Tintin
mêlé au fantastique sur base d'anciennes civilisations
et avec la participation confirmée de Tournesol,
c'est une oeuvre de maturité que nous présente ici Hergé
avec un album au contenu bien étudié

album en état BE/TBE
Ier plat légèrement frotté, dos jaune complet mais
quelque peu abîmé en haut et en bas du dos,
4ème plat et intérieur en très bon état
mais un peu défraîchi
côte BDM en BE = Euros 1000.-

annexes
- 1er et 4ème plat dos blanc de l'album
- 4 cases mémorables

Information
- les sept boules de cristal est le treizième album
de la série de bande dessinée les aventures de Tintin,
créée par le dessinateur belge Hergé,
l'histoire constitue la première partie d'un diptyque
qui s'achève avec le temple du Soleil, une première partie
de l'histoire est pré-publiée sous son titre définitif
du 16 décembre 1943 au 2 septembre 1944 en noir et blanc
dans les pages du quotidien Le Soir;
après une interruption de deux ans, la seconde partie
paraît en couleurs dans les pages du journal Tintin
et à partir du 26 septembre 1946, fusionnée avec l'histoire
suivante sous le titre le temple du soleil
enfin, les sept boules de cristal paraît en 1948
sous forme d'un album en couleurs de 62 planches.

la pré-publication du récit démarre donc
durant l'occupation allemande de la Belgique,
et ce, au sein d'un journal, Le Soir, dans lequel
Hergé travaille depuis octobre 1940 et qui est passé
sous la direction de collaborateurs à l'Allemagne nazie,
elle est d'abord interrompue à cause d'une dépression
de son auteur, puis par la libération du pays
et l'interdiction qui est temporairement faite à Hergé
d'exercer son activité professionnelle
- pour créer cette aventure, Hergé s'adjoint la collaboration
de son complice de longue date, Jacques Van Melkebeke,
qui apporte de nombreuses références culturelles,
propres à développer le projet,
Hergé reçoit surtout l'aide d'Edgar P. Jacobs qu'il embauche
pour la mise en couleur et la création des décors,
bien plus, dépassant ce rôle au niveau graphique,
ce dernier apportera certaines idées,
puisqu'il est même à l'origine de celle des boules de cristal
ainsi que du titre mystérieux de l'œuvre,
les sept boules de cristal apparaît dans son aspect graphique,
son intrigue et sa narration comme une œuvre
offrant une évolution notable voire une œuvre de maturité,
s'observent ainsi un souci nouveau du détail
et un meilleur rendu des décors

quant au récit, les passages entre les différents formats
de prépublication puis de publication imposent des contraintes
qui obligent Hergé à plus de concision et d'efficacité,
enfin, Hergé déploie des thèmes qui lui sont chers;
il convoque d'abord les civilisations anciennes
que sont l'Égypte antique et la civilisation inca,
ce qui permet d'inscrire l'histoire dans une lignée formée
par les cigares du pharaon et l'oreille cassée,
mais surtout, le fantastique, qui constitue
un centre d'intérêt majeur pour l'auteur, fait le cœur du récit
plus que dans toute autre aventure de Tintin
et ce, sous l'influence certaine de Jacobs

les personnages
- Tintin, selon Jean-Marie Apostolidès, accède au rang
de personnage mythique avec les sept boules de cristal;
pour le chercheur, ce statut n'est possible
qu'à condition que le héros évolue
au sein d'un univers détaché de "l'histoire immédiate":
c'est ainsi que, par exemple,
l'occupation allemande n'apparaît d'aucune façon

- Milou reste un personnage important qui contribue
à faire avancer l'intrigue
(comme lorsqu'il rapporte envers et contre tout
le vieux chapeau trouvé sur les quais de Saint-Nazaire
et qui se révèle être celui de Tournesol et qui fait l'objet
de courtes séquences au sein de l'histoire:
il va ainsi chercher un os malgré les balles qui fusent autour de lui,
mais il perd tout de même une grande partie de son interaction avec Tintin,
avec qui il n'a plus les échanges langagiers des premiers albums,
Milou tend donc à devenir un chien comme un autre
qui, mis en concurrence avec le personnage de Haddock,
est devenu "moins le complice de Tintin que son compagnon"

- le capitaine Haddock est désormais devenu
un personnage central des aventures de Tintin,
au détriment de Milou avec lequel il est narrativement
en concurrence dans cette aventure, Haddock achève tout à fait
sa mue entre l'alcoolique pathétique qu'il était
et l'ami fiable de Tintin qu'il est devenu

- le professeur Tournesol acquiert dans les sept boules de cristal
une fonction qu'il ne possédait pas dans les précédents albums,
celle de catalyseur de l'aventure qu'il remplit
en étant la cible de la vengeance inca; par ailleurs,
Jean-Marie Apostolidès fait observer qu'à travers son enlèvement,
le professeur Tournesol subit un "rite de passage"
qui lui permet à terme d'appartenir au cercle familial
formé par Tintin, Milou et le capitaine Haddock

- Rascar Capac est un roi inca dont il ne reste que la momie,
enfermée dans une vitrine chez le professeur Bergamotte,
mais il intervient également en tant que personnage
qui hante les cauchemars de Tintin,
du capitaine Haddock et du professeur Tournesol;
cette ambiguïté qui pourrait le faire qualifier de "mort-vivant"
peut constituer une source de frayeur chez les lecteurs

- enfin, les sept boules de cristal fait intervenir
une série de personnages secondaires
déjà rencontrés dans de précédents albums:
- le professeur Paul Cantonneau est l'un des sept explorateurs
frappés par la malédiction (il faisait déjà partie
de l'expédition maritime dans l'étoile mystérieuse)
- le capitaine Chester n'apparaît pas directement,
mais la proposition de Tintin au capitaine Haddock
d'aller le saluer relance ainsi leur enquête
(déjà rencontré dans l'étoile mystérieuse,
Chester porte alors assistance au capitaine Haddock
lorsque le navire Aurore a besoin de faire le plein de carburant);
- la Castafiore, cantatrice d'opéra, est déjà
présente dans le sceptre d'Ottokar
- le général Alcazar apparaît dans l'oreille cassée,
sans oublier le fidèle Nestor, Dupond et Dupont, enfin,
sont présents depuis les cigares du pharaon (1932)

par ce retour de personnages déjà plus ou moins installés
dans son œuvre, le but poursuivi par Hergé est d'installer
une cohésion forte entre les différents récits,
ce que Pierre Assouline traduit comme la volonté
que ses récits aient "l'apparence massive, compacte
et cohérente d'une œuvre"

l'histoire se déroule en Belgique et plus particulièrement à Bruxelles,
ainsi il est possible que le théâtre dans lequel se déroule
la séquence du music-hall soit inspiré du Théâtre royal des Galeries
où Hergé avait assisté quelques années auparavant
aux répétitions d'un spectacle dont Tintin était le héros;
de même, la célèbre place de la ville belge, la place de Brouckère,
apparaît lors du déplacement de l'explorateur Marc Charlet
qui se rend en taxi chez Tintin, 26 rue Labrador;
vers la fin de l'album le capitaine Haddock et Tintin
se rendent en France, à Saint-Nazaire puis à La Rochelle,
à la poursuite des ravisseurs du professeur Tournesol,
or il apparaît dans les strips non publiés du Soir
qu'ils se rendaient initialement sur la côte belge,
à Zeebruges ou plus probablement à Ostende,
mais durant le temps d'interdiction de publication,
Hergé a tout loisir de réaliser que ces deux ports
ne possèdent pas de ligne maritime avec l'Amérique du Sud:
c'est ce qui le fait se décider pour les ports français;
néanmoins, il conserve les décors déjà créés,
ce qui fait que le trajet vers la ville de Saint-Nazaire
est représenté avec des décors correspondant à la côte belge

depuis le 28 mai 1940, la Belgique subit une occupation
de son territoire par les troupes du Troisième Reich,
d'un point de vue artistique, ce contexte de guerre et d'occupation
constitue paradoxalement une forme importante de stimulation,
à tel point que certains commentateurs voient dans cette période
un "âge d'or" de la création que la qualité, la richesse
et l'abondance du travail des artistes d'alors révèlent particulièrement;
ceci s'expliquerait notamment par le besoin de la population
de se divertir afin d'oublier les malheurs du moment;
l'œuvre de Hergé n'échappe pas à cette règle,
et pour beaucoup d'artistes comme lui,
c'est le temps de l'accommodation qui commence,
il choisit de rejoindre à partir du 15 octobre 1940 le quotidien Le Soir,
surnommé alors par la population Le Soir volé car,
en violation de la volonté de ses propriétaires,
sa publication est poursuivie sous l'occupation allemande
par des journalistes collaborateurs

pendant les trois ans où il travaille au Soir, Hergé adopte
une attitude qui sera par la suite considérée comme ambigüe,
l'auteur peut apparaître comme un homme prêt
à subordonner toute éthique au succès et au rayonnement
de ses créations artistiques, et en particulier des aventures de Tintin,
Benoît Peeters souligne également une certaine indifférence d'Hergé
envers les événements de son époque,
occupé qu'il est par la création de son œuvre,
néanmoins, en dehors de contacts avec l'occupant
pour développer ses projets, Hergé évite prudemment
tout geste qui pourrait s'apparenter à de la Collaboration,
de même reste-t-il à l'écart de l'expression franche
d'idées extrémistes, à part peut-être dans sa contribution
à un recueil de fables dont l'auteur est
Robert du Bois de Vroylanden et qui présente certaines
caricatures antisémites dont il n'est pas l'auteur;
par ailleurs, ses représentations de commerçants juifs
dans l'étoile mystérieuse peuvent être considérées comme
antisémites, mais elles restent les seules de ce genre
toutefois, ce n'est qu'à partir du diptyque formé
par le secret de la Licorne et le trésor de Rackham le Rouge
(prépublié en noir et blanc à partir du 19 février 1943)
qu'il choisit franchement la fuite littéraire
en exilant son héros en-dehors de l'Europe occupée,
ce qui peut être vu comme le moyen pour lui de s'évader
de l'actualité qui oppresse l'Europe et le monde

les sept boules de cristal poursuit dans cette veine
alors même que Tintin ne quitte pas la Belgique,
la présence et les interdictions de l'occupant sont niées,
comme le souligne Philippe Goddin qui note comme exemple
le plus révélateur le fait que le véhicule
qu'empruntent Tintin et le capitaine de retour du music-hall
roule tous phares allumés, en contravention avec les prescriptions
très strictes des autorités militaires allemandes,
c'est dans ce contexte que l'histoire paraît dans le journal Le Soir
à partir du jeudi 16 décembre 1943, mais la libération du pays,
le 3 septembre 1944, provoque l'arrêt de la publication du quotidien
et donc celle de l'histoire,
cette période est également marquée par la brève arrestation d'Hergé
pour faits de collaboration, ce qui constitue selon Pierre Assouline
une nouvelle rupture nettement douloureuse dans la vie de l'auteur;
d'ailleurs, quelques mois plus tôt, Hergé anticipe sans doute
de futurs ennuis avec la Libération qui se rapproche,
il écrit ainsi dans une lettre datée du 19 juin 1944: "Seigneur,
libérez-nous de nos protecteurs et protégez-nous de nos libérateurs"

c'est durant cette période, printemps et été 1944,
que se manifestent chez lui les signes d'un profond syndrome dépressif,
fin 1944, Hergé est alors interdit de publication et,
l'expression des rancœurs à l'encontre des collaborateurs aidant,
il peut craindre pour sa sécurité: quelques années plus tard,
il raconte ainsi un épisode de 1945
(qu'il situe quelques mois après la libération de Bruxelles)
où Edgar P. Jacobs se rend chez lui armé d'un gourdin afin de le protéger
d'éventuels mouvements hostiles de la foule qui pourraient le viser;
finalement, le 22 décembre 1945, la justice choisit
de n'entamer aucune poursuite à l'encontre de l'auteur,
alors que d'autres journalistes qui ne sont pas plus impliqués que lui
ne bénéficient pas d'autant d'indulgence,
plusieurs éléments expliquent cette mansuétude:
d'abord, il bénéficie de l'aide de certaines de ses relations,
et notamment de l'éditeur de presse et résistant Raymond Leblanc
mais, selon Pierre Assouline, il doit surtout son salut à son image,
sa popularité et la sympathie qui s'en dégage,
acquise grâce à la création de son héros,
ce que le même Pierre Assouline résume par:
"Georges Remi est sauvé par Tintin"
il s'en sort donc de justesse parce qu'en l'attaquant et selon
les mots qu'il rapporte qui vont constituer la version officielle,
la justice se serait couverte de ridicule,
Assouline réfute cette affirmation et estime au contraire
que l'auditeur [militaire] aurait fort bien pu juger
le citoyen Remi Georges sans se couvrir de ridicule

cet épisode passé, Hergé peut donc lancer son support,
le journal Tintin, avec l'aide de Raymond Leblanc
dans lequel il reprend la prépublication
des sept boules de cristal en septembre 1946
à partir de là où elle s'était arrêtée

- la trame générale du scénario est écrite par Hergé,
mais le projet est largement développé
lors de séances de discussions avec Edgar P. Jacobs,
en effet, si celui-ci avait été à l'origine sollicité
pour la refonte des anciens albums courant 1943,
puis embauché seulement pour la mise en décors et en couleurs
des sept boules de cristal début 1944,
leur complicité est telle qu'Hergé l'associe à l'écriture de son scénario,
ainsi, dans un témoignage à la mort d'Hergé en 1983,
Jacobs revendique l'importance de ses apports en affirmant
qu'ils avaient eu ensemble de longues discussions pour préparer
le scénario des sept boules de cristal et du temple du Soleil,
à tel point qu'il affirme être l'auteur de plusieurs idées
significatives du scénario, comme l'idée des boules de cristal,
voire du titre même de l'album,
c'est ce qui fait dire à Philippe Goddin qu'il y a du Jacobs
dans cette aventure-là plus que dans le temple du Soleil,
de façon plus globale, cette collaboration fait évoluer
l'approche scénaristique d'Hergé vers une approche plus
fantastique que ses précédentes productions
dont le contenu était beaucoup plus réaliste

comme les autres histoires d'Hergé créées durant la guerre,
les sept boules de cristal doit également
une part de son développement à l'apport du scénariste
de bande dessinée et ami d'Hergé, Jacques Van Melkebeke,
certains observateurs voient la pièce qu'il co-écrit
avec Hergé en 1941: Tintin aux Indes ou le mystère du diamant bleu,
comme une source d'inspiration pour son atmosphère générale
ainsi que pour certains épisodes qui la constituent,
comme une séquence où un fakir fait une démonstration d'hypnose,
mais les contributions de Jacques Van Melkebeke apparaissent surtout
dans l'insertion de certaines références culturelles,
ainsi, ce serait lui qui aurait suggéré à l'auteur
l'idée de la transformation de l'eau en vin par le prestidigitateur
dans la séquence du music-hall,
ce qui constitue une référence à l'épisode
des noces de Cana du Nouveau Testament (?),
or il semble qu'Hergé ne possédait pas un bagage culturel
suffisant dans ce domaine pour qu'on puisse lui attribuer
l'idée de cette allusion

l'histoire paraît initialement en feuilleton quotidien
dans le journal Le Soir,
chaque épisode adopte la forme d'un strip, bande d'environ 4 cases
(soit environ le tiers d'une planche d'album), en noir et blanc,
Hergé référence chacune en bas à droite de la dernière case
d'un H suivi de son numéro d'ordre,
le strip H1 paraît le 16 décembre 1943,
la publication dans Le Soir est parsemée d'embûches
puisqu'elle est provisoirement interrompue
entre le 6 mai et le 6 juillet 1944
en raison de la dépression dont souffre Hergé,
même s'il a toujours pris soin de conserver
une avance d'une dizaine de strips sur la publication,
ce qui lui permet par exemple de prendre
des vacances en août 1944,
l'histoire est par la suite de nouveau interrompue,
pour une période de deux ans cette fois,
le dimanche 3 septembre 1944, à la suite
de la suspension des activités du journal
du fait de l'entrée des armées alliées dans Bruxelles,
cette suspension se fait au strip H152, ce qui correspond
à une cinquantaine de planches sur les 62 du futur album,
au moment où Tintin entraîne le général Alcazar au poste de police;
la publication de l'aventure ne peut continuer
durant les deux années qui suivent car les journalistes
ayant exercé sous l'occupation allemande se voient empêchés
de poursuivre leur activité professionnelle,
dans ce contexte, l'interdiction de publication
qui frappe Hergé ne concernant que la presse, pas les albums,
Hergé se consacre presque exclusivement
à la refonte de ses albums d'avant-guerre,
ce n'est qu'en 1946 qu'Hergé peut reprendre son histoire,
ce qu'il fait dans le premier numéro de l'hebdomadaire Tintin
sous la forme d'une planche complète
occupant les deux pages centrales du journal
dans un format à l'italienne et en couleurs,
cette prépublication dure 13 semaines
entre le 26 septembre 1946 et le 19 décembre 1946,
mais cette fois sous le titre le temple du Soleil,
la première publication sous forme d'album en couleurs
a lieu en 1948 et l'album est régulièrement réédité depuis,
la version correspondant à la publication
sous forme de feuilleton par strips en noir et blanc
tel qu'il est paru dans le quotidien belge Le Soir
sera publiée en janvier 1990 sous un format portrait
de 80 planches avec pour éditeur Le Soir

enfin, une autre édition de la même version
de feuilletons par strips en noir et blanc paraît sous la forme
d'un album cartonné à l'italienne le 12 mars 2014
avec comme titre la malédiction de Rascar Capac
et pour sous-titre tome 1: le mystère des boules de cristal

Hergé éprouve le besoin d'introduire des éléments de cohérence
entre ses albums afin de les constituer en œuvre
or, un moyen pour renforcer cette cohérence
tient dans la référence à de précédents albums,
c'est pourquoi, à la manière des auteurs de la fin du XIXe siècle,
il choisit de convoquer les personnages de précédentes histoires
ainsi, outre ses deux héros, Tintin et Milou,
et ceux qui sont désormais devenus récurrents,
c'est-à-dire le capitaine Haddock et les détectives Dupond et Dupont,
Hergé fait appel à des personnages plus ou moins installés
dans son œuvre et en tous cas déjà rencontrés
le professeur Tournesol, présent pour la deuxième fois
depuis le trésor de Rackham le Rouge,
le général Alcazar, déjà rencontré dans l'oreille cassée
et la cantatrice Bianca Castafiore, déjà vue dans le sceptre d'Ottokar;
ces trois personnages sont en effet destinés à revenir
plusieurs fois dans la série des aventures de Tintin,
enfin, on retrouve également le professeur Paul Cantonneau
déjà présent dans l'étoile mystérieuse
et que l'on retrouvera une dernière fois dans le temple du Soleil
ainsi que le capitaine Chester, que l'on avait déjà vu
dans l'album l'étoile mystérieuse, est mentionné
n.b. sans oublier Nestor, le majordome

par ailleurs, certains éléments de scénario des sept boules
de cristal en eux-mêmes constituent autant de renvois
plus ou moins évidents à de précédents albums
ainsi, en convoquant cette idée de la malédiction liée
à la découverte d'un tombeau dans un pays étranger,
Hergé choisit une base déjà éprouvée dans les cigares du pharaon,
de plus, en évoquant le continent sud-américain, Hergé
fait un renvoi clair à l'album l'oreille cassée, datant de 1935,
dans lequel le jeune reporter part dans le pays imaginaire
du San Theodoros à la poursuite de trafiquants d'art:
le fétiche arumbaya et le masque inca qui y apparaissent
soulignent tout l'intérêt qu'Hergé porte déjà à la culture andine

- Hergé a pris l'habitude de représenter des proches
parmi les personnages qui peuplent ses albums
ainsi, dans les sept boules de cristal, il représente
son assistant Edgar P. Jacobs parmi les spectateurs
d'une scène de music-hall (planche 16, ligne 2, case 1,
dans un balcon, au milieu à gauche),
de même, il représente son ami Jacques Van Melkebeke,
derrière le général Alcazar alors que celui-ci
va s'embarquer vers son pays,
sous les traits du professeur Tournesol, il est possible
de reconnaître le physicien suisse Auguste Piccard (1884-1962)
avec qui, hormis sa taille plus petite que son modèle,
il offre une ressemblance frappante,
sous ceux du professeur Bergamotte, il est possible
de reconnaître l'égyptologue belge Jean Capart (1877-1947)
que beaucoup considèrent comme le père de l'égyptologie belge,
confirmant en cela l'importance de l'inspiration
qu'offre le domaine dans la création de l'œuvre,
enfin, les chercheurs pensent que pour le professeur
Paul Cantonneau, Hergé se serait inspiré de l'homme politique
suisse et fondateur de l’université de Fribourg Georges Python
en souvenir de ses vacances passées dans cette ville
quelques années auparavant

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