Tintin et les héritiers

série: Tintin, étude
dessinateur / scénariste: Dayez Hugues
éditeur: Félin EO 1999
genre: Etude
classement: biblio1
date: 1999
format: broché
état: TBE/N
valeur: 20 €
critère: ***
remarques: Tintin et les héritiers ou chronique de l'après-Hergé

prologue, Hergé et la prospérité
- je fais de ma femme, Fanny, ma légataire universelle,
aucune autre disposition n'aurait été prise par Hergé
>> p. 11 explications sur les films fixes

- ce sera Raymond Leblanc, directeur du journal Tintin
et des éditions Lombard (à qui Hergé a toujours été reconnaissant,
bien qu'ils n'aient pas toujours été du même avis,
Hergé intervenant en tant que directeur artistique
et Leblanc en tant que directeur administratif du journal Tintin)
qui commence le merchandising (produits dérivés) de Tintin,
ce que Hergé n'aimait pas trop
- mais au moins par Leblanc, les éditions Lombard agissaient
comme instrument de filtrage entre Hergé et les clients

n.b. le filtrage des offres de publicité était effectué
par les éditions Lombard avant de les soumettre à Hergé
et surtout Hergé voulait qu'il n'y ait pas de confusion entre
le Tintin des albums et le Tintin de la publicité



A) première partie, le règne d'Alain Baran (1978-1990)

1) la fête et le deuil

- Baran est engagé pour remplacer le fidèle Baudoin van den Branden,
secrétaire d'Hergé, tombé gravement malade
- première tâche du jeune Alain Baran: organiser
le 50ème anniversaire de Tintin en 1979
- alors que Hergé commence un synopsis pour une nouvelle
aventure de Tintin qui sera intitulé Tintin et l'Alph-Art
n.b. entre l'édition de vol 714 (1968) et celle de
Tintin et les Picaros (1976) huit années s'étaient écoulées
- à cet effet, un cocktail se déroule à l'hôtel Hilton
de Bruxelles en janvier 1979 et Hergé édite à cette occasion
un album à tirage limité "50 ans de travaux fort gais"
ainsi qu'un autre album à l'occasion d'une exposition dédiée à Tintin:
"le musée imaginaire de Tintin" (un album quelque peu
semblable aux 50 ans de travaux fort gais)

- peu après, Hergé est atteint d'une genre de leucémie
qui nécessite une transfusion chaque semaine,
ce qui l'affaiblira petit à petit
- Hergé qui apprécie beaucoup Alain Baran lui déclare un jour:
"si j'avais un fils, c'est toi que j'aurais eu"
Hergé était devenu en quelque sorte le père spirituel d'Alain Baran
qui devient en 1981 directeur des studios pour assister Hergé
- et avec Fanny (28 ans plus jeune), Hergé redevient Georges Remi,
c'est un nouveau monde qui s'ouvre pour lui
et pour Fanny, Tintin était presque un rival

- retrouvailles avec Tchang en 1981 mais c'est un Hergé
malade et décharné qui accueille Tchang à son arrivée
- mort de Hergé en mars 1983 et ses obsèques
se déroulent dans un climat malsain, les collaborateurs du studio
en veulent à Alain de s'être interposé entre eux et Hergé


2/ Spielberg ou le rendez-vous manqué

- 4 mois avant la mort d'Hergé, Spielberg avait contacté
les éditions Casterman pour leur soumettre un film sur Tintin,
- premier entretien en janvier 1983 à Los Angeles avec Baran,
Hergé ne pouvant plus se déplacer
- un accord de principe se met en place, mais il faut aussi négocier
avec le Lombard dont Leblanc est le chef
et qui n'aime pas beaucoup Alain Baran
- visite de Spielberg à Bruxelles après la mort d'Hergé
- les pourparlers sont durs mais on s'accorde concernant les USA
pour Spielberg: les droits pour les films et les produits dérivés,
pour les studios Hergé: les droits de diffusion des albums Tintin
- mais le film sur Tintin n'aboutira pas
et c'est Canal+ qui décroche un contrat
pour les aventures de Tintin en dessins animés


3/ Quick et Flupke s'animent, Tintin se fige

- en 1982, Johan, fils de Bob, est engagé par les studios Hergé
- après la mort d'Hergé, Johan propose de produire
des films en dessin animé avec Quick et Flupke,
alors que Bob de Moor aurait voulu continuer
et terminer la dernière aventure de Tintin
>> p. 35 mais cela reste ambigu parce que Hergé a préparé sa mort
comme il a préparé sa vie: sans beaucoup de vision à long terme
- rivalité entre Baran et Bob de Moor
- chez Casterman, on s'inquiète concernant
la parution du dernier album Tintin,
car Casterman avait investi des sommes importantes
dans le lancement de leur magazine A Suivre en 1978
- Fanny donne de l'espoir à Bob de Moor,
mais après un long entretien avec Benoit Peeters,
elle décide de ne pas terminer l'histoire de Tintin et l'Alph-Art
et elle confie le dossier à Peeters qui avec Casterman
produira un album non classique, d'un genre particulier
et un peu complexe présentant les ébauches d'Hergé
avec une page d'explication pour chaque planche de crayonné
déjà produite par Hergé
>> à ce sujet, voir l'album Tintin et l'Alph-Art (1986)
avec deux cahiers parallèles,
album mal vu par la critique et qui n'aura pas
un grand succès auprès des lecteurs de Tintin
n.b. une édition pirate sera d'ailleurs publiée par Rodier en 2000

- 1986 dissolution des studios Hergé,
Baran avec la caution de Fanny ouvre un nouveau studio
de publicité en utilisant les albums de Tintin
- les studios sont morts, naissance de la fondation Hergé


4/ les "Tintin boys"

- le principe de la fondation Hergé:
contribuer à la pérennité de l'oeuvre d'Hergé, d'assurer à celle-ci
et à l'esprit qui l'anime la diffusion la plus large possible,
de favoriser le développement de la bande dessinée
dans le respect des critères définis par Hergé à travers ses oeuvres
et enfin d'encourager l'éclosion de jeunes talents
représentatifs du patrimoine culturel belge et international
mais surtout défendre et promotionner l'oeuvre d'Hergé

- l'importance de la voyante Yaguel Didier à Paris
qui était souvent consultée par Fanny
- création de la société BIL = Baran International Licensing
détenant et exploitant la marque déposée Tintin,
Alain et Fanny au conseil d'administration engagent les services
d'un spécialiste en merchandising: Jean-Claude Jouret
- Stephane Steeman, un tintinophile, fait accepter à Alain et Fanny
l'idée de créer l'Association des amis d'Hergé en 1985
(une ASBL = association sans but lucratif)

- ce sera donc l'équipe des "Tintin boys"
rejointe un peu plus tard par Nick Rodwell,
un jeune anglais qui travaille sur Tintin et qui était devenu
en octobre 1983 agent du Lombard pour la Grande-Bretagne,
il s'occupe de la diffusion de Tintin en Grande-Bretagne,
il a un grand pouvoir de conviction et de séduction
et possède déjà une boutique de gadgets au coeur de Londres

- par la suite, un malentendu se développe avec Jouret
qui veut s'adresser à un grand public alors que Rodwell
veut cibler un public plus averti, tintinophile et adulte,
tandis que Fanny reste un peu au dehors de tout cela
et s'intéresse de plus en plus à la spiritualité orientale
en s'adressant à des gourous


5/ de "Tintinland" au centre belge de la BD

- Baran se rend compte qu'il faut faire revivre
l'oeuvre d'Hergé plus intensément
et avec un ministre belge complaisant, Baran et Guy Decissy,
directeur de l'agence de publicité du Lombard,
proposent de créer un centre belge de la BD à Bruxelles
- le projet est confirmé en avril 1986, Hergé n'est plus là
mais E.-P. Jacobs y fait sa dernière apparition publique
- en 1987, les éditions Rombaldi,
après une publication intégrale des albums de Tintin,
proposent une série d'étude en 7 volumes: "l'univers d'Hergé"
- 31.8.1988 inauguration de la fresque Tintin
à la station de métro Sockel à Bruxelles
- pour les 60 ans de Tintin (1989), Baran organise une exposition
avec des planches originales d'Hergé
- tandis que Fanny a l'intention de partir en pélérinage aux Indes,
Nick l'accompagne et une idylle se développe entre lui et Fanny


6/ le journal Tintin est mort, vive Tintin reporter

- en 1986, le torchon brûle entre Baran et Leblanc du journal Tintin
dont les ventes chutent de plus en plus,
déjà Hergé - qui avait toujours été reconnaissant à Leblanc en 1946
et n'intervenait pas dans l'administration du journal -
pensait que le journal Tintin partait à la dérive
malgré la reprise de la rédaction en 1966 par le scénariste Greg,
- puis c'est la valse des rédacteurs avec Henri Declez
qui remplace Greg en 1975, puis avec Jean-Luc Vernal,
mais la situation du journal ne s'arrange guère
- et comme Leblanc ne peut plus s'entendre avec Baran,
Leblanc décide de vendre les éditions Lombard avec le journal Tintin
- et ce sera la vente au groupe Ampère (Casterman n'en voulait pas)
de tendance catholique plutôt à droite,
ce qui causera le départ de plusieurs dessinateurs du journal
- l'idée était de redémodeler le journal sur le genre
National Geographic Magazine en prenant Tintin comme fil conducteur
- le 29.11.1988, le journal Tintin (après 42 ans d'existence)
prend congé de ses lecteurs et est remplacé
par le journal "Tintin reporter", mais 7 mois plus tard,
Tintin reporter connait son dernier numéro
et chez les héritiers tout devient un peu confus


7/ Alain Baran, fils spirituel ou fils prodigue?

- cette fois, les pertes sont importantes,
mais sont épongées par le groupe Ampère qui laisse
à Baran l'octroie des droits de merchandising pour Tintin
- en 1989 Canal+ propose de produire une nouvelle série
de dessins animés sur Tintin,
création de la nouvelle société Tintin Télévision
- de plus on décide d'élargir les boutiques de vente avec Nick Rodwell
dont une importante prévue pour Bruxelles
- par la suite, Nick devient plus autoritaire, il influence Fanny
de plus en plus et commence à critiquer Baran
- Fanny avait conservé les droits d'auteur liés aux albums de Tintin
et ce sont ces droits qui rapportent le plus
- vu les pertes enregistrées par les sociétés crées par Baran,
que Fanny avait en partie cautionnées,
Fanny laisse alors tomber Baran en rachetant
(et en remboursant une partie des pertes)
les société de Baran qui détiennent les droits
des produits dérivés de Tintin
- Baran International Licensing (BIL) disparait
et est remplacée par la société Moulinsart
avec à sa tête Nick Rodwell comme administrateur délégué
qui devient dès lors le chef de Baran
qui lui quittera le monde de Tintin



B) 2ème partie: le règne de Nick Rodwell (1990 - )

8/ Tintinomania, Belficor et Canal+

- dès 1990, première vente aux enchères à Paris
exclusivement consacrée à Tintin, on y verra
des prix élevés et le prix le plus cher jamais atteint en BD
pour la couverture de la première édition
des cigares du pharaon (3,3 millions de FF)
- >> p. 92 la pratique des ventes aux enchères

- Tintin Licensing (publicité avec Tintin) est vendu à la banque Belticor
dont provient le crédit et cette société continuera sa collaboration
>> p. 93 avec Pixi, Aroutcheff et autres fabricants
mais avec un droit de regard par Moulinsart qui avec Rodwell
cause souvent des problèmes pour les nouveaux contrats

- et suite à la production d'une série de films dessin animé,
Canal+ rachète Belcifor en 1991 avec l'assentiment de Rodwell
qui s'empresse de se débarrasser de Baran et ses collaborateurs
- bien que la qualité ne soit pas toujours présente,
les films de Canal+ connaissent un certain succès
et font à nouveau grimper la vente des albums Tintin
>> p. 98 le genre de blocages effectués par Moulinsart

- en 1992, tous les anciens collaborateurs de Baran
et de ses sociétés ont jeté l'éponge, sauf
Philippe Goddin qui reste secrétaire à la fondation Hergé


9/ "Tout Hergé" à Welkenraedt et tout le Tibet à Bruxelles

- en 1991 exposition "Tout Hergé" à Welkenraedt (près de Liège)
par Steeman qui y met à disposition sa formidable collection
et où l'on constate combien Tintin peut encore générer
un véritable engouement populaire
>> p. 104 l'affaire de la visite de Steeman à Léon Degrelle
à son domicile à Malaga qui a concoté un manuscrit
de 200 pages "Tintin mon copain"
- l'entrevue n'apporte rien et cause du mal à Steeman
et suite à ses difficultées avec Rodwell,
les expositions "Tout Hergé" ne seront plus renouvellées
- en 1994 Fanny et Nick visitent le Dalai Lama et le Tibet,
Nick (18 ans plus jeune) en profite pour épouser Fanny
- 1994, début de l'exposition "au Tibet avec Tintin" à Bruxelles
qui est visitée par le Dalai Lama mais qui n'obtient pas
un grand succès; pour Fanny, c'est en tout cas plus
le Tibet que Tintin qui y est considéré
n.b. une exposition “au Tibet avec Tintin” eût aussi lieu
au Centre de Congrès de Montreux en mars-mai 1995

- Tintin aurait pu aussi continuer à favoriser
des causes humanitaires (tel Amnesty International),
mais Nick ne veut pas trop s'engager dans la politique
ou autre cause (Tibet excepté)

- puis en 1995 ce sera une soirée-thème organisée par Arte
et consacrée à Tintin sous le titre "Thema Tintin"
- Nick Rodwell veut y incorporer un épisode sur le Tibet
mais le documentaire se compose principaleent de 4 épisodes:
le phénomène Tintin, Moulinsart-Hollywood,
le secret de la ligne claire et Monsieur Hergé
- on en profite pour critiquer les héritiers:
"on est en train de se faire du pognon sur le dos de Tintin"

- Nick se concentre maintenant sur le rachat de toutes les sociétés
en rapport avec des droits d'exploitation de Tintin,
il veut le contrôle total et absolu, mais il y aura aussi des procès
et le pouvoir acquis sera chèrement payé
n.b. il faut différencier BIL (Baran International Licensing),
détentrice des droits d'exploitation,
notamment pour la publicité avec la marque déposée Tintin
et Tintin Licensing, détentrice des droits
pour les produits dérivés de Tintin


10/ la bombe Assouline

- le 26.2.1996, cocktail au centre belge de la BD
à l'occasion de la sortie du livre "Hergé" par Assouline,
projet entrepris par le magazine "Lire" pour une biographie
détaillée sans oeillères et sans fard du père de Tintin
>> p. 116 Hergé n'aurait pas aimé les enfants (selon Assouline)
- l'oeuvre d'Assouline n'est pas l'oeuvre d'un tintinophile,
c'est une analyse d'Hergé à froid mais sérieuse
et le livre déçoit bien sûr quelques admirateurs d'Hergé,
toutefois Fanny trouve que le livre donne
un bon portrait humain d'Hergé
- mais après coup, Nick Rodwell devient encore plus sévère
pour les projets éditoriaux sur Tintin et Hergé, telle
>> p. 119 la collection "bibliothèque de Moulinsart" que
Benoit Peeters a lancée à l'instigation des éditions Casterman
en 1987 et qui comprend une série d'ouvrages de tonalités variées
sur Hergé ou sur son oeuvre, vit dès lors une passe difficile

n.b. la bibliothèque de Moulinsart est un ensemble d'illustrations
tirées du "corpus" d'Hergé et de textes allègrement paranoïaques:
sermon de Bossuet, gémellité des Dupont, témoignages de concierge
et de valet de chambre à Moulinsart, précisions sur la Syldavie,
problèmes de canonisation, horoscope,
document sur Bianca Castafiore, etc ..
- elle comprend entre autres: les trésors de Tintin
= 22 fac-similés rares extraits des archives d'Hergé

>> p. 121 comme les rééditions des albums Tintin,
avec un papier plus blanc et plus lisse que par le passé
présentent des couleurs plus froides qui s'éloignent
de la mise en couleur originale choisie par Hergé
(observation très juste), dès lors
Casterman décide de rééditer les éditions originales
à la méthode ancienne (en fac-similés)
n.b. du bon travail mais quand même pas identique
aux premières éditions couleur originales

- par la même occasion, Rodwell effectue une nouvelle opération
de nettoyage en limitant le renouvellement
des licences/contrats réalisés en son temps par Canal+


11/ les insurgés d'Angoulême

- Angoulême, c'est le festival de Cannes de la BD
(surnommé le festival des petits miquets) où en 1997,
Benoit Peeters donne une conférence de presse sur Tintin:
"contrôle de l'oeuvre ou abus de pouvoir"
il organisera un peu plus tard un groupe de protestataires,
la fronde d'Angoulême contre le "Rodwell system"
- le magazine parisien "les Inrockuptibles" y consacra
deux pages sous le titre "opération thune"
- les quatre livres incriminés par Nick Rodwell:
a) Tintin et les médias by Pierre Sterckx
b) le Dupond(t) sans peine
c) le petit Haddock illustré
d) le Tournesol illustré
ces trois derniers par l'auteur Albert Algoud

>> p. 128 les griefs contre Rodwell,
notamment de la part de Michel Deligne à qui Rodwell
demandait un dédommagement exorbitant
pour avoir mis une effigie de Tintin dans sa librairie
ainsi que de la part de Jean-Louis Carette
de la librairie "la bande des six nez" à Bruxelles
- Fanny, elle, se désintéresse des affaires
et se fixe à Villars-sur-Ollon près d'Aigle en Suisse,
mais ces critiques la touchent quand même,
elle, qui accorde une confiance aveugle à Nick Rodwell

>> p. 131 la remarque de Steeman en tant que collectionneur:
"la joie de posséder n'est pas aussi agréable que la joie de la recherche"
n.b. exégèse = interprétation philologique et doctrinale
d'un texte dont le sens, la portée sont obscurs

>> p. 131 coup de tonnerre , Steeman vend sa collection
à Fanny, resp. à la fondation Hergé en citant: "maintenant
que je sais ma collection en de bonnes mains, je dors mieux"

- mais Steeman a manqué à sa parole parce qu'il avait promis
de faire don de sa collection au centre belge de la BD
et il lui faudra maintenant légitimer sa décision
aux membres des "Amis d'Hergé" dont il est le président


12/ - les Amis d'Hergé et les Ennemis de Rodwell

- mais selon Steeman, c'est l'attitude des pouvoirs publics bruxellois
qui n'avaient pas pu (ou voulu) mettre un bâtiment à disposition
de la collection Steeman, ce qui a déterminé Steeman à vendre
sa collection à la fondation Hergé avec une condition:
créer un musée Hergé dans les prochaines années
n.b. ce qui sera fait en 2009 à Louvain-la-Neuve
(Steeman meurt en 2015)
>> voir le site musée Hergé et Tintin.com

>> p. 137 une occupation entre autre de la fondation Hergé:
une patiente classification sur support informatique
des milliers de lettres, croquis, photos
et autres éléments de documentation laissés par Hergé

et la réponse de Nick aux critiques sera à la fois simple et compliqué,
on ne peut de toute façon rien n'entreprendre contre Moulinsart,
car il n'en reste pas moins que l'auteur Hergé
n'est pas (encore?) dans le domaine public
bien qu'il fasse partie du patrimoine national
- toutefois en juin 2015, la Cour de la Haye déboute
une nouvelle fois Moulinsart en appel, la société des tintinophiles
produit un contrat datant de 1942 prévoyant explicitement
la cession d'Hergé à l'éditeur Casterman des droits patrimoniaux
sur les textes et vignettes, remettant en cause
les prétentions de Moulinsart en matière de droit d'auteur,
et selon la cour, la société Moulinsart n'aurait donc aucun droit
à réclamer aux associations de tintinophiles des contreparties
pour la reproduction de vignettes issue des albums
n.b. après coup, la Société Moulinsart aurait fait appel,
mais on ne connait pas la suite de ce recours (2021)
>> à voir l'excellent article à ce sujet dans France Culture (2019)


13/ gardons l'esprit Tintin

- décembre 1997 après 20 ans d'existence le mensuel A Suivre tire
sa révérence au 239ème numéro et même les albums Tintin stagnent
>> p. 145 description des éditions Casterman

- à Bruxelles en 1998, Rodwell et Goddin annoncent
un nouveau programme éditorial:
1) naissance d'une oeuvre (les aventures de Tintin
dès son début au Petit Vingtième en fac-similé)
2) la publication des plus pertinentes des approches générales
ou particulières de l'oeuvre d'Hergé
(genre bibliothèque de Moulinsart)
3) la publication de livres de références sur l'oeuvre d'Hergé
(répertoires, catalogues bibliographiques, etc)

- deux spécialistes, Philippe Goddin et Didier Platteau,
un ancien directeur de Casterman, vont travailler en free-lance
sur cette nouvelle formule, mais après quelques différends
avec Rodwell, Goddin se rabat sur la constitution
d'une collection baptisée "chronologie d'une oeuvre"
(inventaire graphique de différents dessins d'Hergé)

>> p. 152 le sondage Sofrès en été 1997 constatera
que 44% des foyers français possédaient un album de Tintin
et que les aventures de Tintin constituent la 2ème bande dessinée
la plus possédée en France derrière Astérix, mais
seulement 29% possèdent la collection complète des albums Tintin

- et comme il est aussi constaté que l'esprit de collection marque
les albums Tintin, une important campagne de marketing est lancée
avec posters et cartes postales (ex libris) joints aux albums

- en 1998, publication de Tintin chez Jules Verne par Tomasi
dont le contenu n'est pas toujours digne de foi


14/ un anniversaire sans gâteau ni bougie

- pour légitimer sa politique des cases payantes
tirées des albums Tintin (payer pour la reproduction
d'une case des albums Tintin, contrairement aux éditions Dupuis
qui n'ont jamais demandé le moindre argent pour la reproduction
de leurs BD, notamment de Spirou et idem pour Hergé)
Rodwell compare l'oeuvre d'Hergé à celle d'Andy Warhol
dont les droits de reproduction sont souvent élevés


- 1999 réédition par Casterman de l'album "Tintin chez les soviets"
dans le format de la collection courante des aventures de Tintin,
c'est à dire version coloriée
n.b. Tintin chez les soviets avait été édité
a) en 1973 intégré dans le gros volume des archives Hergé 1
b) en 1981 sous la forme d'un parfait fac-similé de
l'édition de 1930 du Petit Vingtième (N&B)

>>p. 159 la protection des droits d'auteur pour les albums Tintin
dure de 50 à 70 ans après la mort d'Hergé
(c'est à dire jusqu'en 2033 ou 2053)
- donc Casterman et Moulinsart connaissent maintenant,
chacun plus clairement leur terrain d'action

- le projet (1999) de la fusée lunaire qui devait être érigée
grandeur nature ( 300 m de haut) à Angoulême n'aboutira pas
>> p. 161/162 description du projet fusée lunaire
avec sa tour de montage qui sera lui aussi abandonné en 2003
>> voir à ce sujet la description de Nick Rodwell sur Tintin.com

>> p. 163 à 166 l'affaire du musée Tintin prévu à Bruxelles
- et après bien des discussions, le projet échouera aussi
pour des raisons financières
(il verra le jour en 2009 mais pas à Bruxelles,
à Louvain-la-Neuve près de Wavre (30' de Bruxelles)
et l'architecte en sera Christian de Portzamparc

- par contre, une exposition "Tintin et les bateaux"
sera acceptée par Moulinsart et verra le jour à Saint-Nazaire,
mais elle devra néanmoins s'acquitter d'un montant de FF 150'000.-
pour l'aide (pas très considérable) apportée par Moulinsart


15/ bienvenue dans les "espaces Tintin"

- en l'an 2000, la nouvelle politique de Nick Rodwell
peut se résumer en deux mots: exclusivité et concentration,
les partenaires seront réduits à 10 (au lieu des 70 existantes)
et les contrats pour les produits dérivés ne sont plus renouvelés,
la fabrication et l'exploitation seront dorénavant gérés par Moulinsart,
tout comme le rayon papeterie (calendriers, agendas, etc)
racheté à Casterman, car dans le passé, la distribution des produits
dérivés se faisaient un peu partout d'une façon anarchique,
- Nick Rodwell veut maintenant le faire uniquement
via ses propres boutiques qui seront au nombre de 200:
100 pour la France, 70 pour la Belgique
et 30 pour la Hollande/Luxembourg
(aucune boutique à Londres et au Japon alors qu'il
en existait deux précédemment? voir p. 176)
>> p. 174 les cinq genres de produits prévus pour la vente:
le textile, les objets décoratifs, l'horlogerie,
les jeux-jouets et enfin l'édition

- ce seront les "espaces Tintin" réalisés avec un système
de franchising, un peu le genre des "Disney Stores"

- en 1999, le principal partenaire de Moulinsart,
ce sont les éditions Casterman, mais les affaires stagnent
et les actionnaires (principalement les membres
de la famille Casterman) envisagent de vendre,
trois acheteurs sont sur les rangs:
- l'éditeur français Flammarion
- le groupe Media-Participation
(déjà détenteur de Dargaud et Lombard) et
- le groupe Albert Frère de Charleroi qui possède déjà
les éditions Dupuis, leader de l'édition BD en Europe

en attendant l'entreprise est scindée en deux sociétés:
Casterman-Edition et Casterman-Imprimerie

- sur le point d'entrer dans le Grand XXIème siècle,
Tintin voit son avenir truffé de points d'interrogations
toutes les hypothèses sont possibles, même celle de Fanny,
qui fatiguée de tous ces marchandages, pense elle aussi à vendre

- Tintin promet donc d'être un épisode à rebondissements,
un épisode que son créateur Hergé, même dans ses rêves
les plus tourmentés, n'aurait sans doute jamais pu imaginer


Conclusion
- avant la publication finale du livre, l'auteur avait sollicité
une entrevue avec Fanny et Nick, mais sommé de remettre
le manuscrit à l'avocat de Moulinsart pour d'éventuelles corrections,
voulant rester fidèle à la déontologie (devoir de tout métier,
philosophie morale) en tant que journaliste indépendant,
l'auteur n'a pas suivi cette suggestion, c'est donc
la version "non corrigée" par Moulinsart qui a été publiée

>> un très bon livre, qui se lit comme un roman, la première partie
(l'après Hergé immédiat) étant plus intéressante
que la deuxième partie (l'après-Hergé continué),
sauf pour les chapitres 11 et 12, mais tout le contenu du livre
livre des évènements méconnus en faisant la lumière
sur les transactions menées après la mort d'Hergé,
le livre est plutôt critique et n'est pas tendre envers
la société Moulinsart et de son équipe anglo-belge
(livre à ne pas confondre avec celui intitulé:
les héritiers de Tintin)

annexes
- couverture du livre avec portrait d'Hergé
- caricature de Tintin
- portraits de Fanny et Nick Rodwell
- album pirate ou caricature sur Tintin et les héritiers
signé Casterman, toutefois son origine reste inconnu
- l'album Tintin chez les soviets, édition modernisée
version coloriée avec mention Casterman/Moulinsart


Information
Tintin et les héritiers par Hugues Dayez, journaliste à la RTBF,
résume pour tous ceux qui auraient suivi cela de loin,
l'épopée agitée des héritiers d'Hergé depuis l'époque d'Alain Baran,
en quelque sorte fils adoptif d'Hergé, jusqu'à Nick Rodwell,
deuxième époux de Fanny, veuve et légataire universelle d'Hergé,
devenu depuis son mariage seul décisionnaire
quant à l'avenir de l 'héritage Tintin:
quid des droits dérivés, de l'ouverture d'un musée Tintin,
de la construction d'une fusée à Bruxelles ou Angoulème,
voire de la politique des magasins Tintin et surtout
comment réussir à transmettre l'image de Tintin aux nouvelles générations,
avec comme question sous-jacente: y aura-t'il un nouveau Tintin?

la manière dont a été géré l'empire Tintin depuis la mort de son créateur à été
- à tort ou à raison - fort contestée et ce livre a l'avantage d'en résumer,
en 180 pages, tous les tenants et aboutissants.

cela se lit comme un roman et quelque part nous concerne un peu tous,
qui n'a pas un album de Tintin qui traîne dans sa bibliothèque,
voire qui n'a pas fantasmé devant ces superbes objets Tintin
si peu accessibles financièrement?

Pour rappel rapide, les deux périodes importantes de cette histoire
qui commence réellement en mars 1983 à la mort d'Hergé sont:
1) la période Alain Baran, "fils adoptif" d'Hergé,
dernier secrétaire des studios Hergé, les faits importants
qui marquent cette période sont la disparition des studios Hergé,
la mise à l'écart de Bob de Moor, proche collaborateur d'Hergé
et la création de la BIL (Baran International Licensing),
chargée des droits dérivés de Tintin et qui deviendra
la Moulinsart s.a. sous la poussée de Nic Rodwell,
c'est sous le règne de Baran notamment que sort Tintin et l'Alph-Art,
qui avait été laissé par Hergé à l'état d'ébauche.

2) la période Nic Rodwell: propriétaire de la première boutique Tintin,
cet homme d'affaires anglais se rapproche de plus en plus
de la veuve d'Hergé, Fanny Vlaminck, jusqu'à l'épouser,
il met son nez dans les comptes de la BIL
et finit par évincer complètement Alain Baran,
actuellement en tant qu'époux de Fanny,
seule dépositaire des droits sur l'oeuvre d'Hergé,
Rodwell a un droit de regard sur tout ce qui touche le petit monde de Tintin
et notamment sur ces fameux droits de produits dérivés
on lui doit une politique fort contestée vis-à-vis de l'image de Tintin,
certains l'accusant de vouloir faire de l'argent à tout prix
et se soucier finalement assez peu de la transmission
de l'esprit Tintin aux nouvelles générations

le livre de Hugues Dayez trouve d'ailleurs un prolongement naturel sur Internet
puisque Nick Rodwell a déjà réagi à la sortie de Tintin et les héritiers
dans une interview donné au journal français Libération
et il ne se passe pas un jour sans qu'une intervention spectaculaire
ne mette cette saga à la une des journaux
(récemment c'est Stéphane Steeman qui a rué dans les brancards
en critiquant la lenteur de Nick Rodwell à démarrer le chantier du musée Tintin
et en organisant lui-même une mini-expo à Braine l'Alleud en guise de protestation).

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