dossier Tintin

série: Tintin, étude
dessinateur / scénariste: Soumois Frédéric
éditeur: Jacques Antoine
genre: Etude
classement: biblio1
date: 1987
format: cartonné, N&B
état: TBE/N
valeur: 100 €
critère: ***
remarques: dossier Tintin, sources, versions,
thèmes, structures, 304 pages

avec plus 100 millions d'albums parus de Hergé,
le mythe Tintin n'est plus à refuter,
le livre ci-après soumet Hergé et son oeuvre
à une analyse vigoureuse,
on peut toutefois affirmer que Hergé,
comme créateur de bande dessinée,
est à la base de cette nouvelle forme
d'expression et de littérature

la première femme d'Hergé: Germaine Kieckens
et son premier album en couleur:
"l'étoile mystérieuse"
avec la norme définie pour la suite
des albums de 62 pages
avec 4 strips par planche


1/ Tintin au pays des soviets
(les premiers pas)
- publié du 10.1.1929 au 8.5.1930,
dans le Petit Vingtième
139 planches, album N&B 1930,
réédition couleur en 2017
par les éditions Moulinsart

- Totor, ancêtre de Tintin
- les aventures de Tintin, reporter,
avec son sympathique cabot Milou
- genre d'abord "album de photos",
gags mis bout à bout sur la Russie
soviétique bolchévique, attentats
manqués et poursuites sans fin
- pamphlet très anti-soviétique,
mais sans réel scénario,
tiré en partie du livre
"Moscou sans voiles" de Joseph Douillet
en omettant les passages trouvés non
conformes par Hergé (religion et sexualité)
- deux genres d'environnement:
1/ Allemagne, Berlin (les schupos)
2/ Russie, Moscou (le Gepeou)
- les animaux dessinés sont probablement
empruntés au dessinateur Benjamin Rabier
et le nez de Tintin au strip us
"bringing up father"

à noter la différence graphisme
entre les premières et les
dernières planches



2/ Tintin au Congo (découverte du décor)
- publié du 5.6.1930-1931, 110 planches,
album N&B 1931,
album couleur 1946, mais l'album couleur
ne fut plus régulièrement réédité par la suite
et ne fut aisément accessible au public
qu'à partir de 1970
- Tintin au Congo appelle à une vocation pour aller
s'établir dans la colonie belge
- scènes de chasse regrettables
(Hergé le reconnait lui-même)
- l'album fut imposé à Hergé par l'abbé Wallez,
Hergé n'avait qu'une envie:
envoyer Tintin à Chicago
- la fin de l'album est quelque peu décevante
(des massacres successives d'animaux)
- l'album aussi le plus sujet aux critiques de par
sa version caricaturale des peuples noirs
(qui s'inspirent de la mode occidentale),
mais pas vraiment raciste
>> p. 33 la signification de boula-matari
n.b. hommage au bon blanc depuis
que Stanley fit sauter les roches
du fleuve Congo, en effet, "boula matari"
signifiant "casseur de pierres"
l'expression s'étendit ensuite pour désigner
les administrateurs de territoires

n.b. à noter que dans cette aventure,
Tintin n'a pas encore de bouche,
elle ne lui sera dessinée qu'à partir
de Tintin en Amérique après sa rencontre
avec le cheval Beatrice (N&B p. 329),
toutefois ceci se réfère uniquement
à la version N&B



3/ Tintin en Amérique
(scènes de la vie présente)
- publié du 3.9.1931-1932, 120 planches,
album N&B 1932, album couleur 1946
- après un vol au-dessus de l'Espagne
(Petit XXème 2.7.1931, non mentionné
dans l'édition couleur),
Tintin débarque en Amérique
- Al Capone = seul caractère réel (avec Tchang)
dans les aventures de Tintin
- Tintin est toujours reporter,
mais plutôt détective que journaliste
(un peu tout à la fois)
- documentation basée sur des articles
parus dans le Crapouillot et sur le livre
"moeurs et histoires des indiens Peaux-Rouges"
par René Thévenin
ainsi que sur le livre "scènes de la vie future"
par Georges Duhamel
- description des abattoirs de Chicago, Amérique
= société typique de consommation
- jeux de mots avec les noms des Peaux-Rouges
tel le chef de tribu "taupe au regard perçant"
- défense des Peaux-Rouges
(exemple: l'expulsion illégale)
vignette anti-raciste que Hergé refusa
toujours d'annuler
- dès 1970, correction du graphisme pour
l'édition américaine suite aux demandes
des éditeurs:
les noirs sont blanchis (mais plutôt pour
un refus catégorique de "mixité raciale"
genre racisme nouveau
que par véritable anti-racisme
(le gangster noir, la femme au bébé,
le portier du nouveau immeuble)

n.b. à partir de la rencontre avec
le cheval Beatrice, Hergé dessinera
une bouche sur Tintin
(ceci uniquement pour la version N&B)

par rapport à la version N&B, le vocabulaire
de Tintin évolue supprimant les remarques
vulgaires ou stupides, tout comme les vignettes
qui sont souvent transformées, la continuation
des cases se déroulant maintenant toujours
vers la droite et les chutes de pages
sont particulièrement marquées



4/ les cigares du pharaon
publié dans le Petit XXème sous le titre
les aventures de Tintin reporter en Orient
avec 124 planches de décembre 1932
à février 1934, à peine plus
d'un mois que Tintin en Amérique,
album N&B 1934, album couleur 1955
l'édition couleur paraîtra bien plus
tard que le lotus bleu (1946)
pour des raisons pas bien connues,

et l'album de 1955 subira deux anachronismes:
a) apparition d'Allan Thompson
b) la couverture de l'album Tintin présentée
à Tintin par le sheikh Patrash Pasha
dans les nouvelles rééditions: objectif lune

le type d'aventure de Tintin se modifie
quelque peu, celui-ci est confronté à
une histoire de trafic de drogue et d'armes
où les cigares du pharaon occupent
une place centrale

- Tintin devient vraiment globe-trotter,
- rencontre avec le savant Philémont Siclone,
début des Dupont(d) comme agents X33 et X33bis
encore hostiles à Tintin, mais l'écart du nom
et les célèbres pataquès de langage n'apparaîtront
qu'à la fin du crabe aux pinces d'or
alors que Rastapopoulos est encore
un honnête homme

le rêve et le cauchemar feront leur apparition
dans cette aventure et resteront des
structures récurrentes dans l'oeuvre de Hergé,
notons que dans cette histoire la distance
de 3600 km entre La Mecque et l'Inde franchie
par un petit avion monoplace des années 30 est
quelque peu démesurée

mention du Rawhajpoutalah (semblable au
Radjpoutana, région au nord de Delhi)
et du radjaïdjah, le poison qui rend fou

l'histoire par rapport aux trois albums
précédents montre une structure plus élaborée
que celle du "gag à gag) avec la folie
qui apparaîtra de manière récurrente
dans le récit

- l'album est divisé en trois parties:
a) l'Egypte, apparition de rêves
et cauchemars, les momies dans le sépulcre,
thème de la malédiction de Kih-Oskh
b) l'Arabie, évocation des sheikh arabes
et du traficant d'armes, Henry de Monfreid,
le vol d'Arabie aux Indes avec un
petit avion de tourisme n'est toutefois
guère crédible
c) les Indes, Rawhajpoutalah, apparenté
à Simla (nord de Delhi)

1/ une Egypte de maléfices
épisode relativement bref avec la mention
du tombeau de Kih-Oskh, cette violation de
sépulture entraînant des bruits de malédiction

le principe de l'écriture hiéroglyphe sur
les cartouches des fresques est plutôt bien
parodiée par Hergé qui s'amuse beaucoup
dans la création des noms des égyptologues
momifiés dont I.E. Roghliff et E.P. Jacobini

2/ l'Arabie
beaucoup de sable avec Oliveira da Figueira,
évocation de la Mecque, cité interdite et de
Henry de Monfreid, le célèbre aventurier
et romancier

3/ une Inde britannique
plutôt un décor passif empruntant quelques
éléments en uniformes anglais ou
à la langue anglaise

4/ le signe de Kih-Oskh
clé d'ouverture du tombeau et continuité
de l'enquête et de la piste figurant sur
les havanes (cigares) bourrés d'opium

ce signe présente une troublante parenté
avec l'idéogramme du Yin et du Yang et
aura inspiré Hergé avec son intérêt
pour les sociétés secrètes

nota bene
le Yin et le Yang sont deux forces fondamentales,
opposées et complémentaires, issues du taoïsme
chinois, qui régissent l'univers et la vie,
le Yin (noir) représente la lune, l'ombre,
le froid, la féminité et la réceptivité,
tandis que le Yang (blanc) incarne le soleil,
la lumière, la chaleur, la masculinité et l'action,
indissociables, ils s'équilibrent pour maintenir
l'harmonie, chaque force contenant
une graine de l'autre

5/ la modernisation de l'album
il fallait réintégrer dans la saga tintinesque
cet album publié en 1955 après que Tintin
soit revenu de la lune afin de ne pas
amputer le lotus bleu de son origine
et réadapter l'apparition de certains
personnages tel Rastapopoulos

on y voit aussi dans les rééditions
le changement pour l'album objectif lune
lors de la rencontre avec le sheik
Patrash Pasha, un véritable
anachronisme
(n.b. dans la première réédition,
la couverture montre toutefois
Tintin au Congo pourquoi alors
mentionner dans les rééditions
dès 1970 objectif lune?)

les Dupond(t) qui ne sont plus nommés
X33 et X33bis deviennent lentement
moins hostiles envers Tintin et ils
ne seront la plus part du temps plus
armés dans les prochaines aventures

le travail de redécoupage et de mise
en page est constant et beaucoup mieux
soigné, de nombreuses case seront
modifiées (notamment l'épisode des serpents)




5/ le lotus bleu
1/ l'ouverture au monde
publié du 9.8.1934 au 17.10.1935, 124 planches,
6 mois après les cigares du pharaon,
album N&B 1936, album couleur 1946
- durant lequel il fera la connaissance
de Chang Chongren, appelé communément Tchang
qui affectera d'importance cette aventure
de Tintin, les retrouvailles ne se feront
que 46 ans plus tard en 1981,
mais dans l'album ce ne sera que dans
le dernier tiers qu'intervient Tchang
- le lotus bleu ouvrira la période
"documentaliste et humaniste" de Hergé
- le personnage de Tintin s'affine
(il pleure pour la première fois),
Tintin devient plus humain
- découverte de la Chine après
l'épisode aux Indes grâce
aux connaissances de Tchang, vérités
sur les moeurs et le peuple chinois
- l'album le lotus bleu sera le seul
mis en couleur sans changement notable
par rapport à l'édition 1936
- toutefois à la fin de l'épisode,
il y aura rupture avec Tchang Chang
qui ne réapparaitra comme un hommage
dans Tintin au Tibet en 1959 pour
enfin se rencontrer en 1981

- autre point d'humanisme contre
le racisme avec l'épisode du pousse-pousse
agressé par un homme blanc (sale chink),
la faune des "légations" étrangères
en Chine était bien posée
- rencontre aussi avec le japonais
Mitsuhirato qui utilise
le radjaïdja le poison-qui-rend-fou
- lutte entre les bons (Wang Jen Ghié,
l'hôte de Tintin) et les mauvais
(Mitsuhirato, Gibbons et Dawson)
- démêlés avec les forces d'occupation
japonaises dont Mitsuhirato est l'agent
attitré
- passage satirique sur la police et l'armée,
collusion des polices impérialistes
- Tintin ne travaille plus en solo,
mais avec ses alliés chinois
- révélations sur les activités de Rastapopoulos
- l'album est plus sérieusement construit
que les 4 précédents, pour la première fois
des évènements précis d'une actualité
rapprochée sont pris en considération

2/ une source totale et diffuse
- ces sources proviennent pratiquement toutes
de Tchang, surtout les idéogrammes
(authentiquement chinoises) parsemés
dans le décor (architecture, vêtements
et uniformes) ainsi que les lotus soit
comme décor d'un vase soit comme
décor réel d'un jardin d'hôtel

3/ l'actualité décalée
- pour la première fois, Hergé met en oeuvre
des évènements précis d'une actualité
rapprochée (l'occupation de la
Mandchourie par le Japon), tout en
dénonçant un mécanisme de
propagande impérialiste

4/ la modernisation de l'album
- intervient dix ans après la
première version (1946) sans
changement notable sauf
un épisode oblitéré à la fin
de l'histoire et les quatre
premières planches dont celles
avec le fakir

5/ une plaque tournante
- vision du monde et nouvelle
technique graphique (scène de nuit
et luminosité nouvelle)
- de passif, Tintin devient actif
et défend les chinois envahis
- l'élément comique ne sera plus
représenté que par les deux Dupond(t),
le lotus bleu est un album sérieux

d'ailleurs c'est l'album que Hergé
préfère le plus, il en dira:
"c'est même trop beau pour des gosses"


6/ l'oreille cassée (Tintin en Belgique)
- publié 1935-1937, 126 planches, album N&B 1937, couleur 1943
- le premier titre sera: les nouvelles aventures de Tintin

- d'abord mise en scène de Tintin à Bruxelles
dans son pays d'origine, la Belgique
>> p. 95 dissertation sur les pays visités par Tintin,
on ne prend pas en compte l'Australie, à cause de son anhistoricité
n.b. = idéologie qui repose sur la négation du contexte historique
et le rejet de tenir compte de l'histoire
Milou et les kangourous, cela semble a priori peu possible,
Hergé n'y trouverait pas d'archétypes exotiques attrayants
comme le furent le gangstérisme nord-américain ou la Chine,
même à long terme, le continent australien sera le seul
à échapper à l'investigation de Tintin, Hergé allant même
jusqu'à faire avorter volontairement une ultime tentative
en ce sens dans vol 714 pour Sydney

- installation définitive de l'image "détective-reporter" de Tintin,
parenté avec Sherlock Holmès avec élément exotique
- symbole du fétiche qui sera le fil de l'action
n.b. le fétiche = réplique d'une idole Chimu péruvienne
- création d'un états imaginaires en Amérique du Sud
(San Theodoros = Bolivie, Nuevo Rico = Paraguay)
- introduction de l'exotisme et le caractère burlesque
(moins présent dans le lotus bleu) sera pleinement réintroduit

- pour la première fois, on apprend que Tintin vit rue du Labrador
(celle-ci n'existe pas, mais on trouve rue Terre Neuve à Bruxelles)
- Hergé apparait comme visiteur dans le musée
ethnographique de Bruxelles
- les requins professionnels (marchands d'armes)
représentés par Bazil Mazaroff
- référence à l'affaire Zaharoff
- l'actualité est mise particulièrement en évidence
avec la guerre du Gran Chaco
>> p. 105/106 description de la guerre du Gran Chaco
(baptisé Gran Chapo = grand sombrero dans l'album)
la guerre du pétrole, guerre secrète entre les USA et la Grande-Bretagne
- à nouveau dénonciation de l'impérialisme et de la guerre

- dessin de démons en dernière page,
ce qui surprendra quelque peu les jeunes lecteurs
(d'ailleurs remplacé par une autre vignette dans Coeurs Vaillants)
- traité de conversation arumbaya (tiré du dialecte bruxellois),
le traitement de langue étrangère par Hergé
dont particulièrement aussi dans le sceptre d'Ottokar



7/ l'île noire (faux en stock)
- publié 1937-1938, 124 planches, album N&B 1938,
1ère couleur 1943, 2ème couleur 1966
- épisode paru aussi sous le titre de "Tintin et le mystère de l'avion gris"
- action se situant entièrement en Angleterre et en Ecosse,
c'est une course-poursuite avec de nombreux moyens de transport et
avec l'apparition d'une technique avancée (téléviseur)
- Tintin est toujours habillé en costard, cravatte et pantalon-golf
- Milou prend goût au whisky avant de le céder à Haddock
- le gorille Ranko = une bête inspirée de King Kong
et basée aussi sur la légende du monstre de Loch Ness
- apparition plus importante des deux Dupont(d)
- différence entre la version originale (1943) avec des policiers armés
et la version (1966) avec des bobbies sans armes
- seul album à avoir été imprimé en trois version différentes

remarque: Hergé semble souvent prendre un malin plaisir
à refermer une porte sur la queue de son chien, cette constante
a d'ailleurs plongé dans les transes les disciples de Freud
qui ont abordé l'oeuvre hergienne



8/ le sceptre d'Ottokar (une utopie politique)
- publié de 1938 à 1939, 124 planches,
album N&B 1939, album couleur 1947
- Tintin en Syldavie, création d'un pays imaginaire:
la Syldavie avec insertion d'une brochure touristique
- l'histoire d'un Anschluss raté, la Syldavie apparentée à la Pologne
alors que la Bordurie représenterait plutôt l'Allemagne
- le sceptre comme objet-fétiche
- grande invention hergéenne: la langue syldave
(Ottokar et Almaszout, amaïh = ça alors ou salut en flamand)
- importance du rôle de Milou, apparition de la Castafiore
- cet album porte également la marque d'E.-P. Jacobs
et reste l'archétype de l'ouvrage d'Hergé


9/ le crabe aux pinces d'or (crustacé et loup de mer en plein désert)
- le 28.9.1939, Hergé commence les nouvelles aventures de Tintin
qui deviendra par la suite, le pays de l'or noir,
ce récit prolonge la réflexion politique entamée dans les albums précédents,
l'histoire en voulu différemment et ce récit sera interrompu par la guerre,
fin du Petit Vingtième en mai 1940
- d'octobre 1940 à 1941 (106 planches), Hergé amorce
"le crabe aux pinces d'or" dans le journal le Soir,
(album N&B 1941, ce sera le dernier album N&B, album couleur 1943)
toutefois à cause de la censure allemande, Hergé ne peut plus
s'exprimer librement, l'île noire a été refusée par la censure allemande
- histoire de contrebande, de fausse-monnaie, de trafic d'opium,
le tout formant une enquête policière
où les Dupont(d) reviennent fortement en scène
et surtout apparition du capitaine Haddock
>> p. 156 description détaillée d'Haddock,
double personnalité (boire ou ne pas boire)
n.b. l'apparition d'Haddock se fera au détriment de Milou

- présence aussi de l'onirisme dans ce récit (plusieurs rêves
et cauchemars dont celui dans le désert, le pays de la soif)
- nouveaux essais aussi pour le graphisme
et le découpage dans cette aventure,
introduction d'une chute à suspense à la fin des strips,
- dans ce récit aussi, expérimentation des mouvements
et des séquences, emploi de procédés cinématographiques,
en l'occurence la case représentant la séquence de fuite
(une vignette chère à Hergé)
- la mise en couleur de l'album se fait sans modification
des dialogues ni de l'intrigue, mais la carence de matière
(le récit en N&B d'environ 100 pages
soit 1/6 de moins que la plupart des autres histoires)
obligera Hergé à insérer quatre planches hors-texte
dans l'album couleur
n.b. l'édition originale possède des hors-textes complets,
c'est à dire qu'ils occupent toute la surface d'une planche
jusqu'aux bords, les rééditions comporteront des hors-textes
ramenés aux dimensions de quatre strips superposés,
encadrés par une bande blanche, ce qui normalise le produit,
mais supprime l'essentiel du choc de l'effet
de ces cases gigantesques au sein du récit


10/ l'étoile mystérieuse (apocalypse aux champignons)
- publié de 1941 à 1942, premier album couleur 1942
- travail d'adaptation pour l'édition en album couleur
(réduction des cases et des strips)
>> p. 171 à comparer: les évolutions du bateau
et celles de la santé des savants
- atmosphère de malaise présent dans l'ensemble du récit
et menaces d'apocalypse
- prééminence du rêve et de l'hallucination (notamment avec l'araignée)
- accusations aussi contre les rapacités financières de l'Amérique,
allusion au racisme avec le banquier Blumenstein
- complète absence des Dupont(d)
- l'affaire du gong ""ding dong" qui reviennent souvent dans le récit



11/ le secret de la Licorne (uchronie)
- publié de 1942 à 1943, album couleur 1943
- récit en 2 volets s'étalant sur deux albums paraissant dans le Soir
- adaptation des cases pour l'album
(de 174 cases dans les strips à 62 pages dans l'album),
c'est dans cette histoire que le talent de monteur d'Hergé
s'affirmera définitivement ainsi que son talent de narrateur
avec un volet comique (running gags) surtout avec les Dupondt

- Haddock ne se saôule plus mais siffle un verre
- apparition affirmée des jurons du capitaine Haddock
dont l'intrigue est principalement basée sur les évènements
de son ancêtre, explications sur les origines d'Haddock
(le chevalier François de Hadoque et non Haddock)

- découverte géniale du château de Moulinsart
(copié sur celui de Cheverny) dont le nom
provient du hameau de Sart-Moulin lu à l'envers
et les caves peut'être inspirées du château de Chillon
(comme déjà dessinées dans le sceptre d'Ottokar)

- la vedette de l'album reste toutefois la frégate "la Licorne",
nom tiré peut'être d'une frégate anglaise nommée "Unicorn"
- et ici l'objet-fétiche est la maquette de la licorne
dont chaque mât contient une partie du message secret


12/ le trésor de Rackham le Rouge (utopies)
- publié en 1943, album couleur 1943,
ce sera l'album le plus vendu de Tintin
- l'album sera un point tounant dans les aventures de Tintin,
toutefois Hergé persévera dans sa voie
et fournira encore 11 petits chefs-d'oeuvre, un autre auteur
aurait à ce stage peut'être changé de série, mais Hergé nous
donnera encore onze récits qui seront de petits chefs-d'oeuvre

- album aussi où Hergé démontre une habilité de narrateur sans faille
et où il s'impose une grande rigueur du détail (pour la construction
narrative et l'établissement définitive de l'univers de Tintin)
- Hergé créé ici l'utopie de l'évasion et de la chasse au trésor,
mais où le trésor sera finalement trouvé à la case-départ
- localisation de l'île au trésor de Tintin:
probablement vers les Bahamas (île de St-Domingue)
- développement de la famille tintinesque avec Tournesol et Nestor,
toutefois le rôle de Milou s'en trouve pour la première fois assez réduit
- apparition de Tounesol, un peu dur d'oreille!, inspiré du prof. Piccard
- les gags avec la surdité de Tournesol donnent
un aspect encore plus burlesque,
les dialogues entre Haddock et Tournesol sont de petits bijoux!
par contre il n'y aura pas de dialogues
entre les Dupond(t) et Tournesol
(ce qui aurait pu avoir des suites imprévisibles!)


13/ les 7 boules de cristal (l'exotisme dans la vitrine)
- publié 1943-1944, album couleur 1948, prévu en 2 volets
- strips publiés d'abord dans Le Soir du 16.12.1943 au 3.9.1944,
date de la libération et arrêt de parution pour le Soir
- il faudra attendre la parution du journal Tintin en 1946 pour
connaître la suite de l'histoire (26.9.1946 au 22.4.1948)
- l'album paraîtra seulement en 1948 en 62 pages
au lieu des 78 planches des strips
- de septembre 1944 à septembre 1946, Hergé se consacra
à la réadaptation en couleurs des premiers récits

- procédé de retour des personnages (Alcazar et Castafiore),
mais uniquement brièvement
- retour de Milou avec son instinct de pisteur,
quelque peu au détriment du capitaine Haddock
- on retrouve toutefois Milou confronté au chat siamois de Moulinsart
- introduction de l'exotisme avec notamment la momie de Rascar Capac
(mais tout en restant au pays)
et de l'onirisme (plusieurs rêves et cauchemars dans ce récit,
dûs surtout à la malédiction de Rascar Capac)
- participation à nouveau de E.-P. Jacobs pour la documentation
n.b. à la fin de ce récit, Hergé sera accusé de collaboration
de par ses publications au journal le Soir,
ce qui affectera assez profondément Hergé


14/ le temple du soleil (plongée au coeur de la couleur)
- publié (avec un petit résumé de l'épisode précédent) et
la fin des 7 boules du cristal dans le journal Tintin de 1946 à 1948,
- album couleur 1949 avec une nouvelle technique:
création directe en couleurs
- grand travail de documentation mais l'épisode avec l'éclipse de soleil
mésestime quelque peu les connaissances astronomiques des Incas
- confrontation à nouveau avec les animaux dans la jungle péruvienne
(comparaison avec les animaux du Congo)
- album d'aventure au sens complet
à noter: les gags des Dupond(t) qui recherchent Tintin et Haddock
en utilisant la pendule de Tournesol
- le récit se réfère beaucoup au roman de Gaston Leroux:
l'épouse du soleil
- l'ensemble des décors monumentaux sont inspirés des vestiges
de Sacsahuaman et Tiahuanaco


15/ au pays de l'or noir (un récit remis à neuf)
- publié en 1939/1940 et en 1948-1950, arrêté en mai 1940
(fin du petit XXème), albums 1950 et 1971
le récit sera repris dans le journal Tintin de 1948 à 1950
- trois versions pour cet album:
version 1939/1940 (premiers dessins en N&B),
version 1950 et version 1971
(suppression de l'occupation anglaise en Palestine,
lutte entre les émirs Bab el Ehr et Ben Kalish Ezab)
- description de la guerre économique du pétrole
- adaptation d'Haddock dans la chronologie du pays de l'or noir
"c'est à la fois simple et compliqué"
- réapparition de Müller (dr. Smith) et d'Oliveira
- place importante aux Dupont(d) de par leurs gags dans le désert
avec les vrais et les faux mirages (virage, rivage, etc)
- à noter: les traductions en l'arabe
>> p. 219/220 les traductions en français
dont en outre "ya ibna alkalbi = fils de chien"
n.b. dans la troisième version (1971) l'alphabète arabe
est correcte et réaliste alors la Ière et 2ème version
ne mentionnent que des portions incomplètes de langue arabe

par ailleurs, l'histoire se déroule sans la participation
d'Haddock (sauf dans la case de la page 3), le problème
sera de faire réapparaître Haddock à la conclusion de l'histoire,
d'où c'est à la fois simple et compliqué, mais l'explication
du capitaine ne sera pas donné suite à la farce d'Abdallah

dans ce récit, Hergé se confirme comme un visionnaire politique
(les préparations de guerre, problèmes du pétrole) et ces qualités,
Hergé va les accomplir dans un cycle devenu célèbre,
celui de l'odyssée lunaire, merveille de projection
à large dominante scientifique où il s'affirmera comme
le visionnnaire génial d'un grand mythe humain



16/ objectif lune (l'utopie planétaire I)
- publié en 1950-1952, album 1953
le principe du voyage dans l'espace
- >> p. 225 l'importance et la profondeur de l'information scientifique
qui préside à la réalisation de la fiction de Hergé, en fait,
de loin, le premier voyage plausible sur la lune et Hergé puisa
la plupart des éléments réutilisés dans son récit
dans le livre d'Alexandre Ananoff: "l'astronautique" publié
le 10 mars 1950 soit 20 jours seulement avant le début
de la parution des premières planches dans Tintin
- le stratonef H22 en ayant été quelque peu le prélude,
mais Hergé a devancé de 20 ans l'authentique voyage vers la lune
- la technologie mélangée avec du burlesque
(Haddock et les Dupondt, l'affaire du zouave)
et de l'intrigue "l'espionnite" (les espions)
- l'eau sur la lune, une appréciation d'Hergé pas si fausse que cela!
- à nouveau analyse de la langue syldave et pour ne pas froisser les nations,
Hergé envisage le point de départ depuis un pays imaginaire neutre



17/ on a marché sur la lune (l'utopie planétaire II)
- publié en 1952-1953, album 1954
n.b. à noter que plusieurs passages publiés dans le journal
furent supprimés dans l'album
- de jolies illustrations (grandes cases, vue sur la terre, etc)
mais le scénario ne pouvait mener bien loin, la lune étant un astre "mort"
- toutefois Hergé ne cherchera pas malgré tout à s'aventurer
sur des sujets fantastiques (ET, etc)
- bonne interprétation du personnage de Wolff (histoire de la lettre d'adieu)
- finale de l'album par un bon gag à la gloire de cette bonne vieille terre!



18/ l'affaire Tournesol (début du cycle domestique)
- publié 1954-1956, album 1956
- histoire principalement située en Suisse,
>> p. 244 après une épopée telle que celle d'un voyage sur la lune,
les héros sont fatigués, Haddock surtout aspire au repos
et le déclare clairement en ouverture de l'album
et le dernier quart des aventures de Tintin est ainsi constitué
d'histoires fondées sur le désordre momentané
intervenant au sein d'un ordre statique habituel,

- scénario d'un genre plutôt froid
mais très réaliste, avec le souci du détail jusqu'à la manie
- course-poursuite où les rebondissements abondent
dans un contexte de guerre froide
- les héros deviennent aussi plus passifs, c'est à dire
que ce sont les évènements qui viennent à eux et non plus vice-versa
- ce n'est plus l'exotisme mais la vie domestique
- atmosphère de guerre froide, début des critiques sur la presse
(l'intrusion de la presse), effets pervers de la science
- l'invention de Tournesol, l'arme à ultra-son par contraste
avec son inventeur qui lui est complètement sourd!
-la Castafiore chante Faust avec l'affiche
d'un certain Jacobini (page 54 de l'album)
- création de Séraphin Lampion, le belgicain, l'ennemi domestique,
l'emmerdeur et générateur de désordre,
ainsi que du colonel Sponsz (= éponge)
- le culte de la personnalité exprimé par les moustaches
de Plekszy-Gladz (référence à Staline)
- l'esthétique et à nouveau le langage qui opposent bordures et syldaves


19/ coke en stock (une grande scène)
- publié 1956-1958, album 1958
- développement important du découpage dans cet album,
mises en page adaptées au récit, au sujet traité à ce moment
(bulle dans l'eau, chute de l'avion, isolement sur le radeau, etc)
- album placé sous le signe de la perfection technique (le cargo Ramona)
- défilée des personnages de Tintin (le gag sur l'arrivée inopinée d'Alcazar)
et réapparition des "méchants" avec un nouveau personnage, le pilote Szut
>> p. 255 lors de l'annonce du coup d'état au Khemed,
la vraie catastrophe est qu'on ne peut plus renvoyer Abdallah d'où il vient
et Haddock ne se laissera emmener par Tintin
que parce que son château est devenu invivable à cause d'Abdallah

- changements avec certains jurons d'Haddock
(zouave à la noix de coco, Fatma de Prisunic)
remplacés par des jurons plus édulcorés
- un des rares moments où Tintin sourit (p. 40 vignette 7 de coke en stock)
- lutte contre l'esclavage pour peut'être se disculper de Tintin au Congo
mais à nouveau critique de racisme de par le langage petit nègre
qui sera modifié dans les nouvelles rééditions
(missié devenant m'sieur)
- présentation de cases allongées
verticalement en p. 34 et horizontalement en page 36



20/ Tintin au Tibet (voyage au pays de l'absolu)
- publié 1958-1959, album 1960

- dans cet album, pas un seul "méchant", pas d'enquête réelle,
sinon les étapes d'une longue recherche d'un ami
en plein coeur d'une montagne enneigée du Tibet
- appel et hommage à Tchang, Tintin est toutefois le seul à le comprendre,
car aucun autre personnage depuis le lotus bleu n'y est fait mention,
consécration des deux personnages principaux: Tintin et Haddock,
Tintin est seul avec Haddock qui d'ailleurs ne connait pas Tchang,
ni Tournesol qui ne fait qu'une brève apparition au début du récit
idem pour la Castafiore et les Dupont(d) ne sont absolument
pas présents dans cet album, ni Lampion, ni Nestor
- la courte apparition de Tournesol n'est d'ailleurs qu'irritante
et disqualifiante (ses réparties ne font pas vraiment rire)
- le récit se déroule uniquement avec Tintin, Milou, Haddock,
le guide Tharkey, Tchang et bien sûr le Yéti
- toutefois ce sera la deuxième fois que Tintin pleure
(la 1ère fois dans le lotus bleu)
- retrouvailles avec Tchang plus de 25 ans après sa dernière apparition
dans l'épisode du lotus bleu

- crise de Hergé, peut'être causée par la séparation
avec sa première femme Germaine
- télépathie et nombreux rêves prémonitoires dans ce récit
qui est intense et dramatique (obsession du blanc),
mais riche de décors (principalement des montagnes),
songe = mensonge dixit Haddock
>>p. 264 les rêves en blanc de Hergé
- rencontre avec le yéti (migou, abominable homme des neiges)
mais avec des sentiments humains
- similitude d'Haddock avec le Yéti (goût de l'alcool)

à voir en page 35 de l'album le procédé de découpage
(superposition allongée de trois montagnes bien enneigées)



21/ les bijoux de la Castafiore (l'anti-roman)
- publié 1961-1962, album 1963
- théâtre plutôt qu'aventure, épisode unique
dans les aventures de Tintin,
- seule monographie approfondie consacrée à un album Tintin:
"les bijoux ravis " par Benoit Peeters
- aboutissement narratif de la création hergéenne,
différents niveaux de lectures superposés
- fleuron de la période domestique, l'épisode
se déroule entièrement à Moulinsart
- mais de havre de paix, le château de Moulinsart
devient le lieu des tourments et des ennuis,
à nouveau pas de "méchants" dans cette histoire,
mais un certain suspense pour intriguer le lecteur
et une couverture d'album qui incite à voir et écouter,
même à apprécier le récit comme une pièce de théâtre
- Haddock avec la Castafiore en sont les personnages principaux,
Haddock subit l'influence de la Castafiore qui, elle,
dévoile sa vraie nature dans cet épisode
- déformation professionnelle pour Tintin à la recherche
de nombreuses et parfois fausses pistes
pour finir à découvrir la bonne piste (la pie voleuse)
- la musique joue aussi un élément fondamental dans cet album
(les fameuses gammes avec les notes ré et mi, allusion à Georges Remi,
comme mentionné dans la page 19 de l'album

- à nouveau critique de la presse et des médias dans ce récit
- le gag de la marche cassée dans l'escalier
et les téléphones avec Boullu le marbrier
affirment le sens de l'humour par Hergé
- à mentionner aussi: les contrepèteries, pataquès,
chiasmes et crases avec les deux Dupont(d)
notamment à leur arrivée à Moulinsart:
"tu dois avoir treiné un tout petit peu trop fard" ou
"tu dois avoir traîné un tout petit trop phare"
n.b. pataquès = gaffe grossière, chiasme = figure de rhétorique
consistant à inverser 2 groupes de mots (blanc bonnet et bonnet blanc),
crase = métaplasme toute modification phonétique ou morphologique,
contrepèterie = jeu de mots consistant à permuter certains phonèmes
ou syllabes d'une phrase afin d'en obtenir une nouvelle,
parfois dans un sens indécent (Canard enchaîné)
exemple: l'acclaire est faire pour l'afaire est claire (les Dupontd)

- les bijoux de la Castafiore restent l'album
le plus riche et abouti de Hergé, un objet d'analyse
et d'émerveillement inépuisable, un véritable bijou
parfait sous toutes ses façes,
l'auteur s'y affirmant comme le metteur en scène génial
d'un récit plurisémique (qui a plusieurs sens)



22/ vol 714 pour Sydney (l'insularité nécessaire)
- publié 1966-1967, album 1968, 5 ans après le dernier album
- détournement d'avion, retour à l'aventure canonique
avec auto-ironie et dérision de la structure même du récit
- retour à l'aventure en voulant quelque peu la démystifier
- réapparition des personnages et ridiculisation des "méchants"
mais aussi dénonciation des "bons" (Carreidas = carré d'as)
- Rastapopoulos, habillé en cow boy avec chemise rose
avec son bras droit, Allan Thompson, mais c'est surtout
Rastapopoulos qui est la cible du narrateur, toutefois ce sera
le milliardaire Carreidas qui sera la personne la plus désagréable
- Tintin pleure pour la troisième fois (page 19) lorsque l'on s'en prend à Milou
- Tournesol qui fait lui-même le zouave (pages 7 et 49)
- pour sa thèse des extra-terrestres, Hergé fait apparaître
un nouveau bonhomme, Mik Ezdanitoff sous les traits de Jacquer Bergier
(le matin des magiciens) avec éléments supernormaux et télépathie,
mais pas d'autres réapparitions telle la Castafiore ou les Dupondt



23/ Tintin et les picaros (un testament carnavalesque)
publié de 1975 à 1976, album 1976, soit 8 ans plus tard,
(23ème album de la série, le 24ème l'Alpha-art ne sera plus terminé)
ce sera un récit étrange au ton différent
- à noter la couverture qui présente une éllipse
et qui ne mentionne plus les aventures de Tintin
- la première planche sera remaniée suite à la pré-publication

- déconstruction des personnages principaux comme Tintin et Haddock
(Haddock devient amnésique et c'est Tintin qui maintenant refuse
de partir à l'aventure contre l'avis du capitaine, rôle inversé)
- Tintin porte maintenant des jeans, roule vélomoteur
et porte un casque avec le signe de la paix, sa passivité surprend,
son but principal est de sauver son monde, sa famille originale,
mais il ne pourra changer quoique ce soit au problème
du Tiers-Monde et des bidonvilles (ceux-ci sous Alcazar
sont les mêmes tout comme sous Tapioca)

>> p. 31 dans l'album, le nom de Tintin est grotesque (dixit Haddock)
- étude sur l'origine des personnages, on apprend le prénom
d'Haddock: Archibald, mais celui-ci est ridiculisé
tout comme Tournesol avec la question soulevée pour sa soeur,
seul Lampion et la Castafiore ne sont pas ridiculisés, mais
les Urumbayas sont dégradés tout comme le whisky Loch Lomond
malgré une publicité attrayante en p. 8 de l'album
et ce sera Milou qui en profitera le plus (sic)

- Alcazar se voit affubler de Peggy, une affreuse mégère américaine,
acariâtre et insupportable
- l'aspect personnel de Tapioca est présenté pour la première fois

- thème du travestissement et du masque, oeuvre ultime,
c'est le rideau qui se ferme à jamais sur la scène tintinienne,
les héros sont fatigués, certes, mais Hergé a surtout fini
de démonter les tréteaux de son oeuvre, è finita la comedia
- les aventures de Tintin offrent ainsi le rare exemple
d'une oeuvre volontairement refermée par son auteur même,
d'un parcours narratif méthodiquement mené à son terme
- comme l'avait été les bijoux, Tintin et les picaros fut conçu
comme une oeuvre terminale dont les éléments archétypaux de l'aventure
devaient conduire le lecteur à la relecture des premiers récits

>> beaucoup de conversations téléphoniques et de télégrammes,
quelques gags plutôt bien connus et des jeux de mots peu recherchés,
contrairement au vol 714, ce dernier album est de petite qualité:
dégradation du graphisme (la ligne est maintenant beaucoup trop claire)
et le texte-scénario n'est plus de grand intérêt,
probablement le moins bon de tous les albums Tintin



24/ Tintin et l'Alph-Art (au pied de la lettre)
- pas de prépublication, album 1986 inachevé
- 3.3. 1983 = mort d'Hergé et en 1986 sont publiés sans modification
les derniers synopsis et crayonnés d'Hergé
- Hergé ne désirait pas qu'après lui Tintin connut d'autres aventures
- toutefois en octobre 1986, les studios Hergé et Fanny Remi décident
finalement de les publier tels quels, l'histoire s'interrompant à la page 42
- la structure de base d'un nouvel album est là,
Hergé prenant comme base l'art au sens propre du terme, il est, lui-même,
devenu amateur et collectionneur tardivement d'art moderne

- collectionneur, Hergé a cherché à reprendre
le thème de l'art et ses dérivés (fraude, trafic, etc)
en lui donnant une règle: il s'agira de réaliser une série
d'oeuvres plastiques sur la seule base des lettres de l'alphabète
dont la sculpture du H, ce qui provoquera la réaction de l'inutilité de l'art
(qui ne sert à rien selon Haddock)
- à cet alpha-art, Hergé y mêlera une imposture artistique
(des faux tableaux) et une imposture spirituelle avec
le phénomène des sectes (réapparition de Rastapopoulos mentionné
dans le scénario de Rodier mais non dans l'esquisse d'Hergé)

- récit inachevé où la mort occupe déjà une place prémonitoire


>> l'album de Soumois est une référence, première analyse détaillée
sur l'étude et le développement des 24 albums Tintin,
étude parfois assez ardu à la lecture mais qui servira de base
à de nouvelles oeuvres d'étude sur Tintin et Hergé


25/ bibliographie (en date de 1987 à la fin de l'album)
- Vandromme, le monde Tintin (1959)
- Brok, is syldavisch slawisch? (1976)
- Fresnault-Deruelle, la bande dessinée (1972)
- le musée imaginaire de Tintin (1979)
- Noordhoek, er is geen eind aan kuifje (1977)
- Rivière, l'école d'Hergé (1976)
- Sadoul, Tintin et moi , entretiens avec Hergé (1975)

- Apostolides, les métamorphoses de Tintin (1984)
- Bourdil, Hergé, un livre: Tintin ((1985)
- Goddin, Hergé et Tintin reporters (1986)
- ils ont marché sur la lune (1985)
- Jacobs, un opéra de papier (1981)
- Lecigne, les héritiers d'Hergé (1983)
- Lier+Fontbare, colloque de Moulinsart (1983)
- Peeters, les bijoux ravis, 1984
- Peeters, Hergé (1981)
- Peeters, le monde d'Hergé (1983)
- Poelmeyer, Tintin a-t-il été au Tibet? (1985)
- Smolderen, les carnets secrets du major (1983)
- Tchang revient (1981)
- Tibi, voyage au pays de Tintin (1983)
- Tisseron, Titin chez le psychanaliste (1985)



annexes
- couverture de l'album
- liste des oeuvres selon dossier Soumois
(peu lisible ici mais plus présentable sur demande)
- hors-texte avec bande blanche mais planche modifiée
par rapport à l'album originale (crabe)
- évolution du bateau répercutée sur la santé des savants (étoile)
- un des rares moments où Tintin sourit
(coke en stock p. 40 7ème vignette)
- la case célèbre, chère à Hergé, sur la séquence de fuite (crabe)
couvertures:
Copyright 2008 - 2026 G. Rudolf