Jesus (le procès de)

série: Religion/Jesus
éditeur: PUF
auteur: Imbert Jean
classement: biblio2C
année: 1984
format: broché
état: TBE/N
valeur: 5 €
critère: **
remarques: le procès de Jésus
PUF no 1896

introduction
- étude scientifique du procès de Jésus,
fils de Dieu ou prophète dont le succès a
provoqué la naissance d'une nouvelle religion
(du genre de Bouddha)
- similitude avec le procès de Dreyfus
et responsabilité des juifs qui ont condamné
le christ, seuls Tacite et Flavius Josèphe
mentionnent l'exécution du Christ

1/ les sources documentaires
(analyse des documents)
- il est difficile de trouver des sources
authentiques, seuls Tacite dans ses "Annales"
et Flavius Josèphe dans sa "guerre des juifs"
mentionnent l'exécution de Jesus

3 types de documents à analyser:
les évangiles, des extraits juridiques
romains et des extraits juridiques juifs

a) les évangiles
question: il est possible que les évangiles
ont, de bonne foi, quelque peu modifié
la vérité historique

- Luc et Matthieu auraient utilisé l'évangile
de Marc comme modèle,
d'où l'expression évangile synoptique,
l'évangile de Jean est le dernier en date,
différent et écrit 20 à 30 ans plus tard
et aurait cherché à compléter les évangiles
synoptiques, toutefois les quatre évangiles
présentent une version différente sur
l'arrestation et le jugement de Jesus
>> voir p. 12

- les évangiles sont avant tout une catéchèse
= enseignement religieux = révélation
d'un message et ne s'occupent pas trop de
la datation historique et du développement
chronologique des faits
mais après étude, la mort du christ est
accepté comme ayant eu lieu en 30 AC

b) le droit romain
- Judée = province romaine avec une certain
autonomie tout comme la Galilée, mais alors
que la Judée était gouvernée par le
procurateur Ponce Pilate (26-36 AC),
Hérode Antipas était tétraque (roi)
de Galilée, Joseph Caïphe était
le grand prêtre de Jérusalem

- dans le "digeste" (rédigé par Justinien),
les auteurs de trouble sont portés en croix,
jetés aux bêtes féroces ou déportés dans
une île, ceci selon leur classe sociale

c) le droit juif
- la Bible ne contient pas de développement
juridique (ni économique),
elle resta longtemps orale et le droit se
répartissait sur plusieurs courants:
- pharisaïsme, sadducéen et zelotisme
(exception: les jugements de Salomon)
- autres sources: les manuscrits
de la Mer Morte


2/ les préliminaires du procès
- la doctrine de Jesus (et ses miracles)
n'était pas apprécié par les autres religions
officielles

a) la conjuration: le déclanchement semble
avoir été la résurrection de Lazare,
Caïphe lance alors l'ordre d'arrêter Jesus

b) l'arrestation aurait été faite par la
garde juive du temple

c) première comparution devant Anne,
beau-père de Caïphe, Anne envoie ensuite
Jesus chez Caïphe, donc première
interrogation par Anne

n.b. sur ces faits, l'évangile de Jean
est le plus précis


3/ le rôle du Sanhédrin

- deux tribunaux: l'un politique,
l'autre religieux, mais un conseil est
présidé par Caïphe, le grand-prêtre,
le Sanhédrin est composé de sacerdotes
(les prêtres), des anciens du peuple
(les riches laïcs de Jérusalem) et des scribes

- tous déclarèrent que Jesus était passible
de la peine de mort, mais il était interdit
de tuer un homme qui n'avait pas été
jugé par le Sanhédrin
(Hérode le Grand avait transgressé cette loi
en exécutant lui-même sans jugement
le brigand Ezechias)

- la condamnation de Jesus fut une
machination des grands prêtres
et des pharisiens sans que le peuple juif
soit vraiment mis en cause
- sous l'occupation romaine, les instances
juives conservaient leur rôle
d'administration et de justice locales,
le grand-prêtre était toutefois nommé
par le procurateur-préfet romain
et le Sanhédrin ne pouvait exécuter une
condamnation à mort, que seul le procurateur
romain pouvait prononcer
>> p. 38 l'affaire des témoins à charge

- Jesus ayant blasphémé (en disant qu'il
était le fils de l'Homme), les membres du
Sanhédrin jugèrent qu'il méritait la mort,
le but du Sanhédrin était de renverser une
partie de l'opinion juive favorable à Jesus
et à le présenter comme un faux prophète

- le Didaché = doctrine du seigneur enseignée
aux nations par les douze apôtres
>> p. 53 chronologie de l'arrestation de Jesus:
a) dans la soirée du mardi après le repas
de la sainte Cène
b) il est présenté au Sanhédrin le mercredi
c) il est jugé jeudi matin
d) premier interrogatoire par Ponce-Pilate
qui l'envoie à Hérode Antipas
qui le renvoie à Ponce-Pilate
e) Jesus est condamné à mort le vendredi
matin et crucifié l'après-midi

>> p. 58 Jesus Ben Satda (ou Stada),
frère de Jesus de Nazareth (?)


4/ la comparution devant Ponce-Pilate

- Pilate était le gouverneur de Judée
avec le titre de préfet, mais pas encore
de procurateur et dispose du pouvoir suprême
pour assurer l'ordre public,
il a le droit de "jus gladii"
= le droit du glaive qui l'autorise à
condamner à mort même un soldat-citoyen
romain, donc à plus forte raison
un non-citoyen romain,
il était toutefois sous la surveillance
du légat de Syrie avec ses légions
= Vitellius,
Pilate est un homme plutôt brutal
qui a donc intérêt à soigner son image
après plusieurs exactions envers les juifs

- Jesus est livré à Pilate qui ne voit rien
de condamnable et puisque Jesus vient de
Galilée, Pilote l'envoie à Hérode Antipas
(ce qui n'est mentionné que par Luc),
Hérode se refuse à juger Jesus, il se moque
de lui et le fait reconduire à Pilate

- Pilate laisse alors à la foule de choisir
entre Jesus et Barabbas qui était un rebelle
zélote et qui plaisait plus aux pharisiens,
d'après l'auteur, Pilate a cédé sous la
pression de la foule, mais c'est malgré tout
sa responsabilité personnelle qui est engagée
>> p. 82 le supplice de la flagellation
>> p. 86 le lavement des mains était
une coutume juive
>> p. 87 la responsabilité des juifs "que son
sang retombe sur nous et nos enfants"
(uniquement mentionné par Matthieu qui
indique même " par tout le peuple"
au lieu de "par la foule")

- le procès de Jesus est un procès juif
sanctionné par l'autorité romaine
= exequatur = ordre ou permission d'exécuter
un jugement rendu par une autre juridiction
qui rend exécutoire une sentence rendue
en pays étranger
- mais selon les évangiles, ce n'est pas
tout à fait le cas, car Pilate entend bien
juger Jesus lui-même, même si il reste
influençé par les juifs
"si tu relaches cet homme, tu n'es pas
l'ami de César" = chantage envers Pilate
et puisque Jesus avoue être le roi des juifs,
il porte atteinte à la majesté impériale et
est sensé être condamné à mort


5/ la crucifixion

- la croix (crux) est faite de deux parties:
a) la partie verticale = stipes crucis
b) la partie horizontale = fatibulum
soit sous forme de T ou de croix

- les condamnés normalement ne portait
que le patibulum
(une croix complète pesant de 100 à 150 kg)
>> p. 98 le saint suaire de Turin qui peut
permettre l'étude scientifique des empreintes
corporelles et sanguines du crucifié,
mais est-ce bien celui du christ?

- la crucifixion était considérée dans
l'Antiquité comme la peine de mort la plus
cruelle et la plus terrible (selon Cicéron)

- aucun document ni graffitis ne permettent
de donner une représentation indiscutable
sur la crucifixion du christ

- l'agonie de Jesus fut relativement brève,
donc pas de corne en bois sur laquelle
le crucifié pouvait s'assoir
- si le stipes était déjà monté,
le condamné était cloué sur le patibulum
et était fixé au stipes en marchant à
reculons sur une petite échelle
- la crucifixion se faisait par clou ou par corde,
l'enclouage devait être plus pénible,
mais la mort survenait plus vite
et les suppliciés placés dans cette situation
ne pouvaient pousser de cri de par l'effort
de déglutition et la sensation d'étouffement


6/ l'apparition d'un nouvel antisémitisme

- aucune trace d'émotivité ou de sensiblerie
dans les évangiles de la mort du christ,
mais aussi aucune trace d'agressivité

- la responsabilité de la mort de Jesus
est attribuée à Pilate et sa mise en
condamnation au Sanhédrin, mais en aucun cas
au peuple juif, car seulement un petit groupe
de fanatiques (la foule...), influençés
par le Sanhédrin a choisi entre Barabbas
et Jesus et a condamné Jesus
- toutefois la politique religieuse menée par
les aristocrates religieux peut être comprise
parce que les faits de Jesus menacaient
leur religion et par la crainte de désordre
et d'hérésie
(n.b. l'Eglise avec l'inquisition a fait de même)
>> p. 118 dissertation sur l'antisémitisme

- la communauté mondiale a tendance à
considérer les juifs comme asociaux de par
les règles de leur religion
(rester à l'écart, ne pas se marier avec des
personnes qui ne reconnaissent pas leur dieu, etc)
et la chrétienté aurait aussi tendance
à les considérer comme les vrais meurtriers
du fils de dieu (déicide)

7/ bibliographie, parmi d'autres:

- Bajsic: Pilate, Jesus et Barabbas (1967)
- Blinzler: le procès de Jesus (1962)
- Grant: Jesus (1977)
- Guillemin: l'affaire Jesus (1982)
- Rové: le procès de Jesus (1924)
- Winter: on the trial of Jesus (1961)

>> étude scientifique détaillée sur le procès
de Jesus, ses origines et ses suites,
une opinion plutôt neutre, mais qui aurait
tendance à déculpabiliser le peuple juif

toutefois l'auteur ne prend pas position
si Jesus était mort ou encore vivant
lors de la descente de la croix

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